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Publié par christian guittard

source et suite de l'article www.mediapart.fr

par Mathieu Magnaudeix

 

Comme beaucoup de ses patients, le travail l'a usée. Et comme beaucoup d'entre eux, ses trente ans de carrière à l'hôpital se terminent par un licenciement pour«inaptitude physique». Cruelle ironie pour Marie Pezé, psychosomaticienne au Centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre depuis trente ans, une des premières à avoir lancé en France une consultation sur la souffrance au travail, en 1997.

Jeudi 8 juillet, elle s'est rendue à son entretien préalable. Mardi 20, elle a reçu une lettre de son employeur: licenciée pour «inaptitude physique». Souffrante, son état de santé se dégradant, elle tentait d'obtenir depuis plusieurs mois un aménagement de poste. Sans succès. Le 14 juin, elle a été déclarée inapte à son poste par le médecin du travail, et l'hôpital affirme ne pas avoir de solution de reclassement pour elle.

Selon Rue 89, qui a révélé l'information, Marie Pezé, qui perd du coup «ses fonctions de responsable pédagogique, d'experte devant les tribunaux, et d'enseignante à l'université», afférentes à son poste, va poursuivre son ancien employeur.

En septembre 2008, je lui avais rendu visite. Elle venait de publier un témoignage qui allait connaître un joli succès d'édition, Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés (Pearson). Je l'avais suivie une journée, dans l'intimité de sa consultation. Elle m'avait raconté comment «cette orgie de violence sociale» dont elle était témoin lors des consultations l'avait usée... 

Nous republions cet article. 

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Tout au bout du couloir à gauche, il y a un bureau impersonnel, avec des planches d’anatomie au mur et un calendrier bancal. C’est là qu’échouent ceux que le travail a broyés. Quand ils arrivent, ils ont le regard «vide, sidéré, hagard, la pensée défaite», écrit Marie Pezé. En 1997, quand elle a créé la consultation, Marie Pezé ne pouvait que constater l’ampleur des dégâts, après des mois de souffrance silencieuse. «Certains arrivaient dans des états de psychose hallucinatoire, de véritables maladies mentales, des dépressions comme je n’en avais jamais vu.» A force de voir des employés usés défiler dans leur bureau, les médecins du travail ont compris : aujourd’hui, ils adressent les gens un peu plus tôt. Chaque jour gagné est un pas de plus vers le retour à la surface.

Cliquer sur l'image, pour afficher le reportage sons et photos; dans le diaporama, cliquer sur "captions", en bas à droite de l'image, pour afficher les légendes. 


 

Marie Pezé est psychosomaticienne, elle s’occupe du corps et des âmes. Elle travaille à l’hôpital de Nanterre depuis trente ans. La chirurgie de la main l’a naturellement conduite vers la prise en charge des souffrances mentales. «On voyait des gens opérés revenir au bout de quelques mois. Ils étaient dans une usure physique et morale effrayante à regarder.»Marie Pezé se forge vite son idée : c’est en retournant au travail qu’ils ont lâché prise. Au milieu des années 90, elle décide qu’elle s’occupera de ça, désormais : faire parler ceux que le travail a déchirés pour les aider à comprendre l’enchaînement fatal. Elle est une des premières en France à créer une consultation sur la souffrance au travail.

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Merci à Marie Pezé d'être ce qu'elle est, merci à Marie d'avoir rendu publique la souffrance des salariés hospitaliers. J'aimerais entrer en contact avec Marie car participer à la diminution de
la souffrance humaine dans le monde du travail est un objectif que je poursuis aussi depuis des années... 


Etre la personne qui écoute la souffrance dans l'entreprise revient à dire que des salariés vider leur sac... livrent confidences difficiles et interrogations multiples... livrent des confidences
sur les comportements managériaux de cadres et de dirigeants, des confidences sur l'incompréhension de l'organisation (ordres et les contre ordres, changements inutiles, études inutiles, dépenses
inutiles, modifications illégales de planning...) confidences sur le manque d'information qui n'est que descendante...confidences sur le manque de communication... confidence sur le management
par la peur (voire la terreur), sur l'arrogance et l'égotisme de certains patrons...confidence sur le MANQUE de RECONNAISSANCE HUMAINE et PROFESSIONNELLE à tous les niveaux...


La responsable RH de l'entreprise qui m'a recrutée il y a quelques années avait spécifié dans mon contrat que je devais informer la direction du le "climat social" des différentes unités sur
lesquelles j'intervenais et j'avais été agréablement surprise par cette demande. J'informais et conseillais sans aucune crainte et à plusieurs niveaux de hiérarchie et ça a fonctionné vraiment
bien, des conflits ont été réglés, des personnes mieux comprises, mieux reconnues dans leurs compétences et remotivées, des managers ont progressé en terme de comportements humains jusqu'au jour
où... un cadre dirigeant et harceleur (recruté par un patron) est arrivé...


Les impacts négatifs humains liés aux comportements inadaptés de ce nouveau cadre ont provoqué de réels dégâts sociaux en quelques mois : angoisse, peur, division, arrêts pour dépression, prise
d'anxiolitiques...  J'ai bien entendu tenu la direction informée des effets dévastateurs lié au management persécuteur de ce directeur... La direction a commencé à dire que cet homme "avait
des bons côtés...  qu'il avait d'excellentes idées pour développer le produit..."


La suite a été mon licenciement !


Bien sûr, tout comme pour Marie, mon employeur a attendu un élément "officiel" pour me virer...  pour Marie il est question "d'inaptitude" pour moi une "réorganisation" aura suffit...


Je pense que si nous sommes plusieurs à avoir vécu celà, nous pouvons peut-être nous réunir pour en parler et pour imaginer ensemble des solutions...


 


 



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