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Publié par christian guittard

source et suite de l'article www.mediapart.fr par  LÉNAÏG BREDOUX

Mercredi, le premier ministre grec Georges Papandréou a annoncé, comme prévu, sa démission. Silvio Berlusconi vient de faire de même en Italie. En Espagne, la crise a eu raison du gouvernement de Zapatero, qui a décidé d'élections anticipées, prévues le 20 novembre. Le gouvernement français, lui, vient de boucler un nouveau plan d'austérité, avant une campagne électorale inévitablement marquée par l'avenir de la zone euro. Auteur dePour éviter le krach ultime et membre du conseil fédéral d'Europe Ecologie-Les Verts, Pierre Larrouturou dénonce l'inaction des dirigeants européens, et l'aveuglement d'une partie de la gauche. Entretien.

Que doit-on faire aujourd'hui pour la Grèce?

 

© Serge Cannasse
Pierre Larrouturou. Il faut dire qu'on met en place l'accord adopté les 26 et 27 octobre, qu'on garantit la dette grecque et qu'on met en place très vite une taxe Tobin. Officiellement, tout le monde est d'accord, y compris Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.

 

Si on l'avait fait en 2008, même à une petite échelle, on aurait eu entre 250 et 600 milliards dans les caisses. Au lieu de demander un effort aux peuples européens, le problème grec aurait pu être géré en quinze jours. L'absence d'Europe conduit à tout laisser pourrir. En 2009, on cherchait 50 milliards d'euros pour la Grèce, maintenant on a besoin de 110... Avec la taxe Tobin, on aurait 250 milliards au minimum!

A certains moments de l'histoire, il faut passer à l'action. Comme Mitterrand et Kohl au moment de la chute du mur de Berlin. Comme Roosevelt quand il arrive en pouvoir: les Etats-Unis sont alors ravagés par la crise et, en trois mois, il prend quinze réformes radicales sur les banques et la fiscalité. Cela a donné cinquante ans de stabilité aux Etats-Unis.

On est dans un moment crucial: soit on va vers le chaos et la récession généralisée, soit on est capable d'avoir un sursaut européen.

Mais quand vous parlez de mettre en œuvre l'accord européen du mois dernier, cela signifie-t-il qu'il faut appliquer les plans austérité pour les Grecs?

Non. Ce n'est pas aux citoyens de payer l'addition. En 2008, tout le monde, y compris Sarkozy dans son discours de Toulon, disait qu'il s'agissait d'une crise du capitalisme et qu'il fallait rétablir la justice sociale, et mettre en place de vraies régulations. Trois ans plus tard, avec la Grèce, on assiste à un retournement intellectuel dramatique: on voit partout Alain Madelin qu'on croyait disparu!

C'est l'Etat providence qui est sur le banc des accusés alors que tous les chiffres montrent que partout, sauf en Grèce où l'Etat ou plutôt le non-Etat porte aussi une responsabilité, la crise vient des inégalités dans le secteur privé. Si on est d'accord avec ce diagnostic, mettre en place des plans d'austérité, c'est humainement scandaleux et économiquement stupide. Puisque cela va aggraver le problème.

En trente ans, la part des salaires dans les pays occidentaux est passée de 67% du PIB (produit intérieur brut) à 57%. C'est 10% du PIB qui vont aux actionnaires au lieu d'aller aux salariés. Au total, en trente ans, c'est 150% du PIB qui auraient dû aller aux salariés et qui sont partis vers les marchés financiers. Sans que cela profite à la recherche et l'investissement des PME. Donc oui, il y a un vrai problème de dette publique: en France, elle est à 86% du PIB.

Mais on peut dire que la dette des marchés financiers vis-à-vis des peuples est de 150% du PIB! J'aimerais que la gauche le dise clairement. Certains dirigeants de gauche aujourd'hui vont sur le terrain de la rigueur. Le débat se résume parfois à l'alternative entre une rigueur de droite et une rigueur de gauche. Ce n'est pas la question!

Comment expliquez-vous qu'une partie de la gauche joue cette partition de la «responsabilité» et de la nécessaire rigueur budgétaire?

 

C'est troublant, mais un certain nombre de nos dirigeants ne mesurent pas la gravité de la crise. Certains sont aussi poreux au poids des lobbys: Henri Guaino a fini par m'avouer un jour que le vrai conseiller du président était Michel Pébereau (futur ex-président de BNP Paribas).

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