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Taxe Tobin: de l'art du mensonge en politique

par christian guittard 9 Janvier 2012, 09:47 information

 

source et suite de l'article wwww.mediapart.fr par  LAURENT MAUDUIT

C'est donc décidé ! Seul contre tous, Nicolas Sarkozy a choisi de passer en force avec la taxe sur les transactions financières. Et quand bien même les autres pays européens traîneraient-ils des pieds, la France la mettra en œuvre, seule s'il le faut. Voilà donc, sur le registre dont il est coutumier – tartarinades et hochements de menton –, ce que vient d'annoncer le chef de l'Etat.

Nul n'est, pourtant, obligé d'être dupe. Car à l'approche de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a visiblement décidé de multiplier ce genre de galipettes bravaches. Il faut donc savoir démêler le vrai du faux : analyser les hypocrisies de sa nouvelle posture sur cette taxe Tobin dont il a longtemps été un détracteur, mais en même temps les replacer dans la politique économique qu'il mène. Une politique où le mensonge a une place si considérable que cela finit par donner le tournis...

C'est donc le 6 janvier, à l'occasion d'un colloque à Paris, baptisé « Nouveau monde », que le chef de l'Etat a joué les fiers à bras sur la taxe Tobin, annonçant que la France ne supporterait plus les atermoiements des autres pays européens, et qu'elle pourrait envisager de mettre en œuvre cette taxe sur les transactions financières, même seule, si aucun autre pays ne se décidait à lui emboîter le pas.

 

 

« Nous n'attendrons pas que tout le monde soit d'accord pour la mettre en œuvre. Nous la mettrons en œuvre parce que nous y croyons », a dit Nicolas Sarkozy. Formidable ! Alors que la taxe Tobin est regardée avec dédain par toutes les grandes puissances depuis bientôt quarante ans; alors que depuis l'accélération de la crise, en 2007, les pays riches n'ont pas plus trouvé de raison de mettre en œuvre cette taxe, pourtant impérieuse pour faire reculer la spéculation, Nicolas Sarkozy s'applique soudainement à faire croire, à quelques encablures du premier tour de l'élection présidentielle, que c'est pour lui la première des priorités. L'urgence des urgences.

Voilà donc Angela Merkel prévenue ! Elle qui reçoit lundi à Berlin Nicolas Sarkozy, elle sera sommée, une nouvelle fois, de se rallier à l'idée de cette taxe, et d'arrêter de prétendre que le projet n'a de sens que s'il est mis en œuvre simultanément par toute l'Europe (lire la réaction allemande ici).

Nicolas Sarkozy contre toute l'Europe ! Voilà l'image que le chef de l'Etat aimerait à donner de lui-même. L'image d'un président courageux, prêt à se battre seul contre la spéculation ; prêt à en découdre contre ces marchés financiers toujours plus avides de profits rapides. Magic Sarkozy ! Et le fait que l'élection présidentielle arrive dans bientôt quatre mois n'a naturellement strictement rien à voir avec cette formidable mise en scène.

D'un coup d'un seul, tous les ministres ont donc été requis pour annoncer la bonne nouvelle : la taxe Tobin arrive. Cela ne s'est pas fait sans quelques couacs. La plume du président, toujours empressée, Henri Guaino, a promis que tout serait bouclé dans le courant de ce mois de janvier 2012. Un peu plus prudent, le ministre des finances, François Baroin, a assuré que le projet verrait le jour en fin d'année. Promis, juré ! L'affaire est lancée. Et tant pis si c'est la future majorité qui, en fin d'année, sera censée mettre en œuvre une taxe dans les pires des conditions, hors de toute coopération européenne.

Oui, tous les ministres ont été requis. Pour annoncer la bonne nouvelle que la spéculation allait devoir reculer ? Oui, sans doute. Mais tout autant pour faire oublier que durant des mois, et même des années, l'UMP avait combattu cette fameuse taxe Tobin. Pas seulement l'UMP : le chef de l'Etat lui-même.

Pas plus tard que le lundi 21 novembre au soir, le principe d'une taxe sur les transactions financières, d'un montant de 0,05%, a été soumis à l'approbation du Sénat, par la socialiste Nicole Bricq, rapporteur général du budget, sous la forme d'un amendement au projet de loi de finances pour 2012. Mais le secrétaire d'Etat au commerce extérieur, Pierre Lellouche, y a été dépêché par le gouvernement pour s'y opposer avec la dernière énergie. Il a même eu l'imprudence de dire exactement... le contraire de ce que Nicolas Sarkozy prétend aujourd'hui, à savoir que la France « ne peut légiférer seule » car ce serait « contre-productif » et cela « nuirait à la place financière de Paris ».

Seulement voilà ! Il n'y a pas que l'insipide Pierre Lellouche qui a contredit Nicolas Sarkozy. Il y a aussi... Nicolas Sarkozy, lui-même ! C'était le 7 juin 1999, à l'occasion d'un débat sur France-2, qui opposait Nicolas Sarkozy, François Hollande, François Bayrou et Robert Hue, à l'époque dirigeant du Parti communiste français. Et ce que dit ce soir-là celui qui depuis est devenu le chef de l'Etat est proprement stupéfiant : c'est mot pour mot l'exact contraire de ce qu'il fait mine de penser aujourd'hui.

 

 

« L'affaire de la taxe Tobin est une absurdité [...]. Si nous le faisons en France, on va encore le payer de dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires », s'exclame-t-il, ce jour-là, avant de poursuivre : « Ce que vous ne comprenez pas, c'est que le monde a changé, le monde est devenu un village. A chaque fois que nous pénalisons la création de richesse sur notre territoire, nous favorisons la création de richesse chez les autres [...]. Réveillez-vous, le monde a changé ! »

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