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Publié par christian guittard

Le triptyque est en place : sécurité, immigration, identité nationale. Et le tout en banlieue. Nicolas Sarkozy vient de lancer la campagne électorale de l'UMP pour les régionales en se rendant sous escorte et pour une demi-journée chez les indigènes. C'est une insulte pour les cinq millions de personnes qui, en Ile-de-France, vivent au-delà du périphérique dans des territoires laissés à vau-l'eau par ce même pouvoir.

 

 

Epinay, Bobigny et, pour finir, la commune résidentielle du Perreux : de quoi a parlé le Président ? De sécurité, de vidéosurveillance renforcée, de refus de régularisations des sans-papiers, de lutte contre les trafics et la délinquance. Bref de remise en ordre, de reprise en main de territoires et de populations stigmatisées.

 

 

 

On se souvient de ces précédentes et rares visites, à Argenteuil, à Gagny, à La Courneuve. Ce fut chaque fois pour y faire scandale, provoquer, agiter les mêmes spectres et renvoyer une peur décuplée à ceux qui justement vivent dans une insécurité sociale dont l'Etat se moque.

 

 

 

Question sécurité, Nicolas Sarkozy aurait pu se rendre à Clichy-sous-Bois, où quatre ans après la mort de deux jeunes gens, justice n'est toujours pas rendue (lire ici). Où quatre ans après, la police est toujours protégée de toute enquête aboutie. Clichy-sous-Bois, toujours enclavée, cité quasi inaccessible en transports en commun. Le président aurait aussi pu choisir Villiers-le-Bel, où il y a deux ans, jour pour jour, deux jeunes gens trouvaient la mort en percutant une voiture de police. Et où les émeutes qui s'ensuivirent, sur fond de mensonges policiers et d'enquête floue, donnèrent lieu à une répression disproportionnée et aveugle (lire ici).

 

 

 

Tout à la gestion de ses images télévisées et de son électorat, Nicolas Sarkozy a une fois pour toutes fait de la banlieue un territoire hors de la République qu'il convient de mater ou de reconquérir par la force. Peu importent les échecs répétés de sa politique sécuritaire (lire ici et ici) ; peu importent les incendies que ses provocations allument ; peu importe un plan-banlieue oublié parce qu'inexistant. La banlieue n'est que le fond de décor d'une mise en scène présidentielle.

 

 

 

Le scandale est là dans cette instrumentalisation outrancière. Dans le dédain manifesté envers des millions de personnes dont le cadre de vie, de déplacement, de travail et de loisirs est justement celui-là et ne se résume pas à un face-à-face caricatural police/jeunes. Nicolas Sarkozy se rendra-t-il une fois en Seine-Saint-Denis, non pas pour faire le coq face aux petits caïds locaux («Tous ceux qu'on prendra pas sur le fait, on les prendra par les éléments de train de vie, les voitures, les montres...»), mais pour parler de culture, de mode, de cinéma, de musique, de ce qui s'invente aussi dans ces villes ? S'y rendra-t-il pour repérer dans l'océan de difficultés les îlots d'innovation et de dynamisme économique. S'y rendra-t-il pour observer comment se forge dans les grandes universités et établissements d'enseignement supérieur une partie des élites de demain ?

 

 

 

Le président s'en moque ou redoute ces vrais débats. Car les banlieues, dans leur complexité, leur jeunesse, leurs mixités sociales et culturelles, leurs difficultés ne supportent guère les slogans, les annonces. Le scandale des transports en commun, par rapport à une capitale suréquipée, les désorganisations constantes des lignes RER ou de la SNCF banlieue, les retards d'investissements et de projets coordonnés avec les collectivités locales : le président a certes parlé. Mais son projet de Grand Paris, confié à Christian Blanc et réduit à un « grand métro automatique », a déjà braqué architectes, urbanistes et élus locaux (lire ici).

 

 

 

Le président aurait aussi pu parler logement, à un moment où les grands propriétaires institutionnels recommencent à se débarrasser de leur parc HLM et où la construction est en panne (lire ici). Il aurait pu parler éducation quand la suppression des emplois aidés et les coupes sombres dans les effectifs enseignants fragilisent un peu plus les établissements scolaires. Enfin, il aurait pu parler non pas « identité nationale », patrie et « terre qui ne ment pas », mais intégration, mélanges, multiculturalisme, ouverture au monde et aux autres. Ce devrait être le rôle d'un président : calmer les tensions et non les exacerber, rassembler et non attiser les haines. Nicolas Sarkozy, tout à son projet qui est de remobiliser l'ancien électorat du Front national, sort de sa fonction. Ce n'est pas la première fois.

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