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Politique étrangère de la France : gribouille

par christian guittard 1 Février 2011, 17:07 information

Gribouille

source de l'article www.mediapart.fr

 

Le président confond business et droits de l'Homme. L'affaire tunisienne et la situation en Egypte nous incitent à penser que les relations internationales sont au président de la République aussi étrangères que l'étaient à un certain moment l'économie et les relations financières à François Mitterrand. Mais au-delà de ce parallélisme, il convient de retenir que l'absence de visibilité et de clarté dans nos choix extérieurs entraîne une grande confusion quant à l'esprit de la Constitution. 

Désordre et abonné absent

Du fameux « domaine réservé », que reste-t-il exactement ? Le fait tout simplement –mais bien maigre– que c'est encore à l'Elysée que se prennent des décisions... mais avec retard, hésitation, et parfois dans l'improvisation absolue ; ce n'est donc plus un espace constitutionnel parfaitement étanche d'où la parole qui fuse a force d'autorité et de reconnaissance sur la scène internationale. Des membres du gouvernement l'avaient déjà compris depuis 2007 (comme Rama Yade), des parlementaires de la majorité s'en inquiétaient à propos du débat sur l'Otan ou l'Afghanistan, et le dernier dérapage contrôlé d'une secrétaire d'Etat, après un barbotage laborieux de la ministre des affaires étrangères dans des fournitures et assistances politico-sécuritaires, ne fait que confirmer le sentiment de malaise et d'incompréhension, voire de contestation interne. Désordre donc, et davantage sans doute, lorsque l'on voit, dans l'adversité, la spontanéité de la chancelière allemande, Angela Merkel, ou celle du couple américain Barack Obama-Hillary Clinton comparée à la détente longue, vacillante du président de la République française et de sa ministre des affaires étrangères.

Trop habitués au « domaine réservé » du temps du général de Gaulle et de ses successeurs, nous nous étions accoutumés aux grandes orientations, aux lignes directrices auxquelles les diplomaties étrangères demeuraient attentives, même si elles ne suivaient pas toujours nos perspectives. Avons-nous aujourd'hui une ligne directrice sinon celle abrupte et conduite avec des œillères par les prédécesseurs de Barak Obama...?

Combien de centrales nucléaires... combien de pendaisons ?

De la politique étrangère version humanitaire avec ses ingérences, la main sur le cœur, nous avons « versé » dans la politique étrangère version business et antiterroriste, gonflée d'arrogance et méprisant souvent les peuples, leurs niveaux de vie, et le respect de leurs droits. 
Que l'antiterrorisme soit une de nos préoccupations, rien de plus normal... Qu'elle devienne une obsession nous éloigne, par définition, de tout pouvoir de négociation, de dialogue... enfin d'être utiles lorsque les évènements le nécessiteraient.

Quant au business, il représente la déviance permanente du système au point que nous passons, sans états d'âme, des marchés avec des pays qui respectent peu ou pas du tout les droits de l'homme. Quelle autosatisfaction aurions-nous à faire croire que nous rendons service à des peuples lorsque nous leurs remettons les clés de notre production  industrielle délocalisée ? Quels avantages tirerions-nous d'une politique européenne bardée de fusées destinées à nous complaire dans l'éternel ennemi de l'Est ou du Moyen-Orient ? Quels lots de consolation attendons-nous de tous ces accords avec des républiques centrales pour qui la dictature ne sert qu'à entretenir la corruption ?

Comment d'ailleurs retrouver de la crédibilité sur la scène internationale et donc des relations normalisées avec l'étranger, lorsque nous-mêmes livrons bataille à des étrangers non communautaires tous les jours sur notre territoire, alors même que ces femmes et hommes appartenant aux peuples de la faim ont fui souvent des dictatures?

Touchée... coulée

Nicolas Sarkozy ne croyait sans doute pas à cette bataille navale d'un autre type : celle où l'on ne joue plus sur la « Grande bleue » aves des yachts –au large de Malte– ou des catamarans mais avec les chars du peuple contre les matraques de la corruption. 

Ainsi l'Union pour la Méditerranée qui passait pour une initiative bienheureuse en 2007 vient de prendre l'eau ; sa ligne de flottaison  s'enfonce et sa perte passera sans doute inaperçue ! Ce qu'elle aura coûté, en revanche, restera dans le « grand livre » des dépenses de prestige inutiles... Avions-nous un message à faire passer, à l'exception de celui d'un coup médiatique ? Deux pays en moins et peut-être quatre demain pour la même raison simple, humaine et souffle de dignité : la liberté de penser autrement. Qu'avions-nous proposé, sinon un positionnement  qui rappelait fâcheusement le temps des  gouverneurs ! L'échec de cette machine à entretenir l'illusion est patent et les peuples qui ont fait leur révolution ou ceux qui s'y préparent vont un jour nous réclamer des comptes : pourquoi avez-vous soutenu nos dictateurs, nos corrompus nous diront-ils. 

Quel président leur répondra? Celui d'hier pour qui, au début du quinquennat, l'affaire des infirmières bulgares ou celle des enfants du Tchad laissaient espérer, à défaut de plus amples investigations, la maîtrise, par la négociation, des droits de l'homme ? Celui d'aujourd'hui embourbé dans lesprises d'otages et les exécutions, ou dans les imbroglios présidentiels de Côte d'Ivoire ? Celui de demain –le même ou un « alternatif » !–  capable de remettre de l'ordre dans notre diplomatie, c'est-à-dire du sens dans les alliances, des moyens pour prévenir les conflits ou faire rayonner une sagesse retrouvée ?

Si la mission semble impossible et que les Rafales et les centrales à uranium enrichi représentent un rang supérieur à celui des droits fondamentaux... alors, que le « domaine réservé » change de rive ! Que la politique extérieure de la France soit confiée au Parlement qui n'aurait plus vocation à écouter passivement des discours commerciaux et touristiques mais à voter d'honnêtes et courageux engagements au nom d'une politique historique de garantie restaurée du droit des peuples

Denys Pouillard
Directeur de l'observatoire de la vie politique et parlementaire :http://www.vlvp.fr

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