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La laïcité, nécessité historique, par la Fédération de la Libre Pensée

par christian guittard 28 Février 2011, 11:10 information

extrait de:L’esprit laïque : dépassement de la religion et souveraineté démocratique

La laïcité, saut qualitatif de la République

Lorsque la main et l’esprit progressent, que la conscience du travail s’élève, les religions deviennent des résidus sociaux ou des « expériences intérieures » dont l’impuissance politique n’affecte pas l’exercice de la démocratie civique. La République ne sonde pas les reins et les cœurs, elle laisse l’individu libre de nourrir son imaginaire poétique, mythologique ou métaphysique. Celui-ci est dans son droit s’il veut donner un coloris religieux à sa vie privée et se regrouper pour célébrer un culte. La théologie dogmatique, la catéchèse, le culte et les rituels, voilà dorénavant les seuls domaines où la religion peut s’exercer et rassembler des croyants. Et une République authentiquement démocratique n’a pas à s’en inquiéter car elle ne confond pas la temporalité intime des individus avec le temps historique de la patrie. Or, le pouvoir normatif que possédaient les Eglises sur l’activité générale des peuples s’est effondré, rompu par les conquêtes de l’aventure moderne. Leur dieu unique, fiction usée par ses mensonges, a fait son temps, son autorité lui étant retirée par la raison pratique et critique. Le sens du monde s’est dérobé à l’inquisition des pouvoirs religieux, dès lors voués à subsister par convention sociale ou instrumentation politique. Mortellement frappées dans leur cosmologie et leur théologie politique, les cléricatures devaient perdre logiquement les restes de leur emprise sur la société.

La Loi de 1905 ne fait que consacrer dans le droit républicain cette impuissance inexorable des Eglises à concourir à la Raison générale. Leur condition même d’Eglises leur interdit de comprendre la condition de l’homme moderne et d’accéder à toute politique moderne. Elles ne peuvent pas, en effet, s’affranchir de la totalité des préjugés, fixés et fixistes, qui les constitue ; et l’hétéronomie de leurs normes est devenue trop évidente aux yeux des citoyens. Le sachant, la République laïque se délie de ces ruines herméneutiques de l’histoire occidentale. Parallèlement, elle permet au croyant d’épurer sa pratique : il peut s’adonner simplement au culte sans être compromis dans d’insensées ambition cléricales. S’il a l’âme probe, ce croyant reconnaîtra qu’il doit sa paix à l’universalité partagée de la Raison et non aux étroitesses cléricales, toujours souterrainement ennemies les unes des autres. La Loi de 1905 est une loi de souveraineté populaire, d’égalité civique et de fraternité humaine.

La vie historique et sociale des producteurs a donc révolutionné, au fil des siècles, les rapports du sens entre l’homme et son monde. La mentalité religieuse et la conscience productive se sont différenciées au point qu’un saut qualitatif était inévitable sur le plan politique. De centrales, les religions sont devenues adventices dans l’activité des peuples éclairés, et leurs appareils de domination des pesanteurs archaïques. Le royaume des cieux ne revêt plus, en régime de progrès, qu’une signification contingente. La Troisième République, lorsqu’elle sépare les Eglises de l’Etat, ne cède pas à un simple sentiment partisan : elle répond à la nécessité historique et opère un acte de refondation politique qui parachève la Révolution française. L’épuisement historique de l’église, de la synagogue, du temple et de la mosquée compose l’envers dialectique de la tâche historique du Progrès que s’est assignée la conscience libre des producteurs. La laïcité grave dans le marbre du droit l’horizon du Progrès.

Philippe Forget

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