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source et suite de l'article www.mediapart.fr par  MATHILDE MATHIEU ET MICHAËL HAJDENBERG

Dans le stock de sondages achetés par l’Elysée pendant le quinquennat, on trouve de tout. Au milieu des études commandées de juin 2007 à fin 2009 que Mediapart a en partie pu consulter (voir notre premier article à ce sujet), et au-delà de la place centrale de ces enquêtes d’opinion dans la conduite des affaires, certains sujets détonnent. Pour quelle raison le budget de l’Elysée, et donc les contribuables, devraient-ils financer des sondages sur l’opposition ou sur la vie privée du président ?

Ces deux thèmes virent à l’obsession pour le chef de l'Etat. Il a besoin de savoir ce qu’en pensent les Français. Quasiment en permanence.

Les opposants politiques

Pas une semaine sans les tester. Nicolas Sarkozy est bien loin de faire interroger « les Français » sur ses seules orientations politiques. Il demande sans cesse où en sont ses adversaires, qu’il voit comme de futurs challengers.

Certains sondages sont réalisés pour mieux définir la stratégie électorale de l'UMP. Ainsi, Raymond Avrillier, l’homme qui a fait plier l’Elysée devant le tribunal administratif et obtenu les documents que nous publions (voir notre premier article), envisage-t-il de demander la réintégration du prix payé pour certaines études dans les comptes de campagne de certains candidats de la majorité. La question se pose en effet : pourquoi l’Elysée financerait-il, au lieu de l’UMP, des études sur « le climat politique en Ile-de-France » avant les régionales ? Pourquoi paye-t-il des tests sur les meilleures têtes de liste aux élections européennes ? A quel titre commande-t-il des études sur les intentions de vote avec l’argent du contribuable ?

En mai 2009, Nicolas Sarkozy s’offre une étude dite “verbatim” (déclarations ouvertes des répondants) pour avoir des réponses à la question : « Selon vous, Nicolas Sarkozy doit-il s’investir dans la campagne pour les élections européennes ? Pourquoi ? »

undefinedLes élections sont une idée fixe. Et la présidentielle plus que toute autre. Dès septembre 2008, le président s’offre une simulation de vote de premier tour 2012. Près de quatre ans avant l’échéance. Ses adversaires supposés se nomment alors : Bertrand Delanoë, José Bové, Arlette Laguiller, Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen, Frédéric Nihous. Et François Bayrou, le seul qui se lancera finalement dans la course.

Quelques mois plus tard, l’Elysée veut savoir : parmi les enjeux suivants, lequel comptera le plus pour vous au moment de voter aux prochaines élections présidentielles ? (Réponses possibles : le libre-échange, l’environnement, l’immigration, etc.)

Chaque question posée, quel que soit le sujet, donne lieu à un tri des réponses par proximité politique des sondés.

Mais les socialistes ont droit à un régime particulier. Tous les mois, Nicolas Sarkozy se renseigne sur la personnalité politique qui est son meilleur opposant. Par exemple, en septembre 2008, douze noms sont proposés, dont six socialistes : Bertrand Delanoë, François Hollande, Ségolène Royal, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Laurent Fabius.

L’attitude des leaders du PS est sans cesse questionnée. En octobre 2008 : « Diriez-vous que Ségolène Royal ferait mieux, moins bien ou ni mieux ni moins bien que Nicolas Sarkozy face à la crise financière ? »

Toujours en octobre 2008 : « Le meeting de Ségolène Royal au Zénith, vous l’avez vu dans les médias, vous ne l’avez pas vu mais vous en avez entendu parler ? ... » « A propos de ce meeting, diriez-vous qu’il s’agit d’une très bonne chose, une mauvaise chose... »

En avril 2009,« Ségolène Royal a demandé "pardon" à l’Afrique pour le discours prononcé par Nicolas Sarkozy au Sénégal en juillet 2007. Diriez-vous qu’elle a eu raison ou tort de dire cela ? » Un verbatim de réactions est également demandé.

Après le congrès de Reims, qui voit Martine Aubry prendre la tête du PS, une série de questions est commandée aux sympathisants socialistes. Tout est testé : la légitimité d’une élection contestée, les alliances que devrait passer le parti, l’éventuel départ de Ségolène Royal du PS, le manque de leader et de projet...

En novembre 2008, Nicolas Sarkozy paye des enquêtes pour savoir quelle personnalité, de Laurent Fabius à Julien Dray en passant par Manuel Valls, ferait le meilleur premier secrétaire. Puis la même question est posée s’agissant du meilleur candidat PS à l’élection présidentielle de 2012. 

Dans ces conditions, comment s’étonner que Nicolas Sarkozy se propose en décembre 2009 pour le poste de « Directeur des ressources humaines du parti socialiste » ? Le président est sûr de ses études. Trop ? S’il a sous-estimé le potentiel de François Hollande, serait-ce parce que dans certains sondages (par exemple en septembre 2008), il apparaît que seuls 10 % des Français pensent que l’élu de Corrèze ferait un bon candidat à la présidentielle, quand 75 % pensent le contraire ?

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