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Nous sommes tous des WikiLeaks !

par christian guittard 23 Décembre 2010, 11:18 information

source et suite www.mediapart.fr par Edwy Plenel

La liberté sans frontières d'Internet contre la première puissance mondiale : ainsi pourrait-on résumer l'affaire WikiLeaks qui n'en est encore qu'à ses débuts. Entravée aux Etats-Unis, des entreprises privées ayant obéi aux pressions de l'administration, mais relayée dans le monde entier, grâce à la multiplication desites-miroirs (Mediapart a créé le sien,accessible en cliquant ici), la divulgation quotidienne des télégrammes confidentiels de la diplomatie américaine se poursuit à la manière d'un supplice chinois : 1.862 mardi 21 décembre 2010, sur un total de 251.287 annoncés.

Premier scoop mondial de l'ère numérique, le « cablegate » orchestré parl'organisation à but non lucratif créée en 2007 par l'Australien Julian Assange est un événement sans précédent aux conséquences imprévisibles. C'est une véritable bataille qui commence dont les enjeux sont aussi bien démocratiques que géopolitiques : l'extension ou la réduction des libertés d'information et de communication à l'échelle mondiale ; le déclin ou le sursaut de l'hyperpuissance américaine dont la domination, ses faiblesses et ses petitesses sont ainsi mises à nu.

 

Dans cette bataille, le camp de Mediapart est évidemment celui de WikiLeaks. Les rebondissements quotidiens et, parfois, anecdotiques du feuilleton en font perdre de vue l'enjeu principal. Symbole de la radicalité démocratique enfantée par la révolution numérique, WikiLeaks se revendique d'idéaux fort anciens auxquels il entend redonner toute leur jeunesse. « La publicité de la vie politique est la sauvegarde du peuple », énonçait dès 1789 Jean Sylvain Bailly, premier président du Tiers-Etat, dans ces années d'invention politique commun aux révolutions française et américaine : le fameuxpremier amendement de la Constitution américaine qui prohibe toute loi contre la liberté de la presse survient deux ans plus tard, en 1791, et on le retrouve, presque mot pour mot, dansl'article 7 de notre deuxième Déclaration des droits de l'homme, celle de la Constitution de 1793 et, donc, de l'An I de la République.

 

WikiLeaks ne dit pas autre chose : s'agissant des affaires publiques, la publicité doit être la règle et le secret l'exception. Rendre public ce qui est d'intérêt public est toujours légitime. Tout document qui concerne le sort des peuples, des nations et des sociétés mérite d'être connu du public afin qu'il puisse se faire son opinion, juger sur pièces, choisir pour agir, influer sur les affaires du monde et sur la politique des gouvernements. Si, en démocratie, le peuple est souverain, alors la politique menée en son nom ne saurait être l'apanage d'experts et de spécialistes, d'élites et de professionnels, qui seraient seuls destinataires des informations légitimes, agissant en quelque sorte comme des propriétaires privés d'un bien public.

Le projet porté par WikiLeaks – et dont le site éponyme n'a évidemment pas le monopole – est donc de donner pleinement son sens véritable à l'injonction contenue dans l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée à Paris en 1948 et dont Stéphane Hessel fut l'un des rédacteurs, ce même Hessel qui, aujourd'hui, à 93 ans, nous invite audevoir d'indignation. Comme le rappelle la déclaration d'intention de ce « non for profit media » (média sans but lucratif), cet article 19 stipule non seulement que « tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression », mais que ce droit fondamental « implique celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».

« L'injustice ne peut trouver de réponse que lorsqu'elle est révélée, car, pour que l'homme puisse agir intelligemment, il lui faut savoir ce qui se passe réellement », écrit Julian Assange dans un texte de 2006 justifiant l'ambition de WikiLeaks, opportunément traduit par la revue Contretemps. Réflexion inaugurale sur l'organisation de fuites (leaks) publiques massives comme arme des peuples contre des gouvernances autoritaires fondées sur le monopole du secret, cette contribution entendait démontrer combien l'actuelle révolution numérique peut accélérer et faciliter une concrétisation universelle de l'utopie de 1948.

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