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Les «marchands de sommeil» élargissent le marché de la misère

par christian guittard 13 Décembre 2011, 09:39 information

source et suite de l'article www.mediapart.fr par : ELLEN SALVI

Des caves aux murs gris et gonflés par l'humidité, des chambres de bonne colonisées par les cafards et la vermine, des pièces exiguës et aveugles aux installations électriques vétustes... Les descriptions des quelque 600.000 logements indignes ou insalubres que compte la France n'ont rien à envier aux romans naturalistes du XIXesiècle.

Selon la Fondation Abbé Pierre, 2.187.000 personnes vivent actuellement dans des conditions très difficiles ou dégradées. Parmi elles, bon nombre sont victimes de «marchands de sommeil», ces «propriétaires peu scrupuleux» qui n'hésitent pas à louer à des prix exorbitants des logements insalubres, voire proprement inhabitables (caves, greniers, garages...).

 

La ville de Gennevilliers compte 913 logements indignes, dont 513 ont été traités ©ESLa ville de Gennevilliers compte 913 logements indignes, dont 513 ont été traités ©ES

 

 

Si ces bailleurs de misère ont toujours existé, force est de constater que leur nombre a augmenté sous la pression de la crise du logement. Un phénomène croissant, mais difficile à chiffrer tant la frontière qui sépare «le propriétaire indélicat» du «marchand de sommeil» est ténue. Pour autant, l'analyse de l'évolution du profil de ces bailleurs et de leurs pratiques permet d'en mesurer l'ampleur dans un contexte où les condamnations judiciaires n'ont jamais été aussi nombreuses et aussi lourdes.

La dernière en date a été prononcée à l'encontre d'un «marchand de sommeil» de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), contre lequel la mairie s'était portée partie civile. L'homme louait depuis plusieurs années un immeuble insalubre, au 5, rue Arsène-Houssaye, dans lequel vivaient une vingtaine de personnes, dont quatre enfants. Ce lundi 12 décembre, le tribunal de grande instance de Nanterre l'a condamné à 7 mois de prison avec sursis et 15.000 euros d'amende. Il devra également verser 10.000 euros à la ville au titre de la réparation du préjudice matériel et 1.000 euros au titre du préjudice moral.

Autre condamnation exemplaire: celle de l'ancienne gérante de l'hôtel Royal Hermel, à Paris, qui louait des chambres minuscules, humides et infestées de rats, pour des loyers allant jusqu'à 1.800 euros par mois. Après des années de procédures, le jugement est tombé le vendredi 25 novembre: un an de prison ferme.

Avant les années 2000, l'expression «marchand de sommeil» désignait principalement des gérants d'hôtels meublés dégradéscomme le Royal Hermel, qui louaient des chambres à des personnes ou des familles démunies, telles que des travailleurs migrants ou des demandeurs d'asile.

Mais le phénomène s'est désormais étendu bien au-delà de ces établissements et des classes populaires. Il touche aussi bien les campagnes que les immeubles haussmanniens, les sans-papiers que les étudiants. En outre, le bouche à oreille et «l'entraide» entre personnes originaires du même pays n'en sont plus les seuls vecteurs. 

 

Une cave peut se louer entre 100 et 150 euros par mois ©ESUne cave peut se louer entre 100 et 150 euros par mois ©ES

 

«La seconde génération de marchands de sommeil est celle de petits affairistes qui visent une clientèle plus large», explique Étienne Léger, chef du projet éradication de l'habitat indigne à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Des «petits affairistes», qui après avoir fait carrière dans la médecine ou même la police, assurent leur retraite avec des opérations immobilières douteuses. 

«A Gennevilliers, nous avons eu le cas d'un médecin qui louait un tout petit logement insalubre à une famille, poursuit M. Léger.Face à la pression de la mairie, il a fini par vendre son bien.»Interrogé à l'époque par Le Parisien, le propriétaire des lieux, M. Morel, s'était défendu d'être un «marchand de sommeil», accusant la ville d'avoir voulu réaliser «une opération immobilière».

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