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Les documents Takieddine. Les négociations secrètes de l'Elysée pour blanchir le bras droit de Kadhafi

par christian guittard 23 Juillet 2011, 07:40 information

 

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source et suite de l'article www.mediapart.fr

 PAR FABRICE ARFI ET KARL LASKE

Le marchand d'armes Ziad Takieddine, principal suspect dans le volet financier de l'affaire Karachi, a été l'émissaire secret de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant en Libye, de 2005 jusqu'en 2009, à une époque où, loin de la fureur de la guerre, l'heure était à la lune de miel avec le dictateur libyen. Dans l'ombre, c'est Ziad Takieddine qui a transmis les conditions posées par Mouhamar Kadhafi, négocié plusieurs contrats d'armement et de pétrole, tout en posant, en 2007, les bases de la libération des infirmières bulgares et de la très controversée visite du leader libyen en France.

Surtout, selon des documents recueillis par Mediapart, l'équipe de Nicolas Sarkozy a tout fait, par l'intermédiaire du même Takieddine, pour répondre favorablement à l'une des premières exigences du régime: sauver la mise judiciaire d'Abdallah Senoussi, patron des services spéciaux libyens et beau-frère de Kadhafi, condamné le 10 mars 1999 à une peine de perpétuité en France dans l'affaire de l'attentat contre le DC10 d'UTA et visé depuis lors par un mandat d'arrêt international.

 

A.SenoussiA.Senoussi© (dr.)Une note «confidentielle» de Ziad Takieddine fait même état d'une réunion le 16 mai 2009 avec Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, durant laquelle a été évoqué le fait de «demander au procureur général de mettre le mandat d'arrêt “de côté”».

 

Depuis le début, ces démarches sont restées ultra-secrètes. Soumises à Claude Guéant, elles ont donné lieu à des consultations de Me Thierry Herzog, l'avocat personnel de Nicolas Sarkozy. L'enjeu était crucial: Abdallah Senoussi allait être l'homme clé des négociations de la libération des infirmières bulgares, premier «succès» diplomatique de la présidence Sarkozy.

 

Questionné au sujet de Senoussi, en décembre 2007, par la commission d'enquête parlementaire sur la libération des infirmières, Claude Guéant avait commenté, pince-sans-rire: « Pour tout vous dire, nous n'avons pas demandé à M. Kadhafi que son beau-frère vienne se constituer prisonnier...» Sous serment, le secrétaire général de l'Elysée a en réalité caché le rôle de M. Senoussi dans le processus de rapprochement entre la France et la Libye.

 

Et pour cause: Abdallah Senoussi, marié à la sœur de la seconde épouse de Kadhafi, est connu en Libye pour être l'exécutant des desseins criminels du dictateur auquel la France fait aujourd'hui la guerre. Il n'existe que très peu de photos de lui. Sa date de naissance varie selon les documents: 1949, 1951, 1952...

 

Outre l'attentat du DC10 d'UTA, qui a coûté à la vie à 170 personnes, Abdallah Senoussi est tenu pour responsable du massacre de 1.200 détenus de la prison d'Abo Sleem, en 1996, de la mort de treize manifestants anti-Kadhafi, à Benghazi, le 17 février 2006, et de la sanglante répression des insurgés de Benghazi l'hiver dernier.

 

Cette répression vaut aujourd'hui à Abdallah Senoussi, tout comme Mouhamar Kadhafi et son fils Saïf al-Islam, une inculpation et un mandat d'arrêt émis par la cour pénale internationale pour «meurtre et crimes contre l'humanité». Devenu l'une des incarnations des raisons pour lesquelles la France a engagé un conflit armé avec la Libye, Abdallah Senoussi n'a pourtant pas toujours été infréquentable aux yeux du clan Sarkozy.

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