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source et suite de l'article www.mediapart.fr par

 MATHILDE MATHIEU ET MICHAËL HAJDENBERG

 

Ce communiqué-là est un vrai. Mardi soir, en dix petites lignes publiées sur son site internet, la présidence du Sénat a infligé un désaveu cinglant au sénateur et questeur socialiste Jean-Marc Pastor, mis en cause par les récentes révélations de Mediapart. «Le président Larcher a rappelé (lors d'une réunion au sommet au Sénat, ndlr) les principes de déontologie en vigueur», est-il écrit.

Des principes que l'élu PS a bafoué à trois reprises: en faisant régler par le palais du Luxembourg des notes de frais injustifiées, fin 2010, pour des repas dans un restaurant du Tarn tenu par sa fille; en diffusant, pour tenter de répliquer à nos accusations, un faux communiqué de soutien du président du Sénat; enfin, en déclarant à un journaliste du Tarn libre, pour mieux l'intimider sans doute, que Gérard Larcher (UMP) avait déposé plainte au lendemain de notre enquête.

Trois mensonges pour un seul homme, et pas n'importe lequel: au palais du Luxembourg, les trois questeurs (deux membres de la majorité, un de l'opposition), désignés par leurs pairs pour gérer le budget de la maison, sont supposés irréprochables.

 

 

Acculé, Jean-Marc Pastor, ancien agriculteur, a dû concéder mardi qu'il rembourserait «la Trésorerie du Sénat des sommes correspondant aux deux factures de restaurant pouvant relever d'une "erreur d'appréciation", d'après le communiqué. Le montant ne dépasse certes pas les 2.500 euros, mais pourquoi le contribuable devrait-il payer la note?

Comme l'avait raconté Mediapart le 27 juin dernier, l'élu avait bidouillé deux fausses factures pour deux repas fantômes de 51 et 38 couverts, avec le tampon de l'hostellerie de sa fille, dont il possède lui-même des parts. Les hauts fonctionnaires de la Direction des affaires financières avaient validé le tout, en fermant les yeux sur des indices qui auraient dû les interpeller.

 

Quant au communiqué de soutien brandi le 29 juin par Jean-Marc Pastor, il ne contient pas un mot de vrai: «Aucun communiqué de presse n'a été validé ou adressé par la présidence du Sénat», affirment les services de Gérard Larcher, répétant des informations déjà fournies à Mediapart. Alors Jean-Marc Pastor, faussaire en série? À l'AFP, l'élu a bredouillé mardi soir qu'il s'agissait «d'éléments de langage pour préparer un éventuel communiqué, élaborés par un fonctionnaire de la questure, et qui devait encore être soumis au président Larcher»«Une des moutures» aurait juste «été envoyée par erreur». Évidemment. Dès le premier coup d'œil, le lyrisme du document sonnait faux: «La morale et la droiture de Jean-Marc Pastor et Philippe Richert (autre questeur cité dans notre enquête), exemplaires, restent leur chemin de vie»...

Cet épilogue, toutefois, révèle bien plus que l'imprudence folle d'un homme. Il en dit long sur les mœurs en vigueur au Sénat. «Gérard Larcher a rappelé les principes de déontologie en vigueur»? Formidable. Mais qu'arrive-t-il à ceux qui ne les respectent pas? Si peu. Aucune sanction n'est pour l'instant prévue pour le faux communiqué et l'usage qui en a été fait, diffamatoire à l'égard de Mediapart. Joint depuis Mayotte mardi soir, le patron des socialistes au Sénat se refuse pour l'heure à tout commentaire.

Tag(s) : #information

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