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Le Sénat saisit la justice pour faire taire les sources de Mediapart

par christian guittard 14 Juillet 2011, 10:49 information

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source et suite de l'article www.mediapart.fr par

PAR MATHILDE MATHIEU ET MICHAËL HAJDENBERG

Les récentes révélations de Mediapart mettent le Sénat en panique. Semaine après semaine, élus et hauts fonctionnaires voient leurs petits secrets s'ébruiter. Alors, mercredi 13 juillet, faute d'avoir pu identifier nos sources, la haute assemblée a déposé plainte pour «vol» de documents et«abus de confiance», «à l'encontre de tous auteurs, co-auteurs et complices». Visés: non pas Mediapart, qui accomplit son devoir d'informer, mais ceux qui ont, depuis l'intérieur de la maison, pris le risque de nous communiquer des copies de notes de frais douteuses ou de salaires mirobolants.

L'objectif des questeurs − qui signent la plainte au nom de cette étrange appellation «l'État-Sénat» − est parfaitement assumé: traquer nos sources, pour les intimider et colmater les fuites en urgence. Le palais du Luxembourg, qui entretient la plus grande opacité sur la gestion de ses deniers publics, peut espérer que le procureur du tribunal de grande instance de Paris ouvrira une enquête préliminaire dans les semaines à venir.

La maison, de fait, a de quoi se montrer fébrile. Depuis trois mois, et dans la perspective du scrutin sénatorial de septembre, Mediapart a commencé la publication d'une série d'enquêtes sur les mœurs et dépenses de l'institution, documents à l'appui.

→  Soucieux d'étayer nos affirmations sur les notes de frais injustifiées du questeur Jean-Marc Pastor, nous avons mis en ligne deux factures de repas réglés par la trésorerie du Palais.

→  Pour illustrer l'explosion des rémunérations au sein du cabinet du président Larcher (+ 26% entre 2007 et 2010), nous avons communiqué les feuilles de paie anonymisées de deux de ses conseillers.

→  Enfin, agacés par les discours officiels sur la prime soi-disant«exceptionnelle» de 3.492 euros versée fin juin aux sénateurs, distribuée en réalité depuis des années en secret, nous avons reproduitles relevés d'indemnités touchées en 2007, 2008 et 2009 par le président de la commission des Finances, Jean Arthuis.

Retrouvez certains documents sous l'onglet “Prolonger” de cet article

Pour «l'État-Sénat», aucune de ces pièces n'aurait dû franchir la grille du palais du Luxembourg. Et les contribuables n'avaient pas de raison, non plus, d'apprendre l'existence d'une enveloppe de 11.600 euros annuels allouée à chacun des trois questeurs pour leurs frais de représentation.

À chaque fois, si nous avons publié ces pièces, c'est que le service communication a refusé, malgré nos relances, de nous livrer le moindre chiffre sur ces dossiers. C'est que les documents budgétaires accessibles aux citoyens (issus des projets de loi de finances annuelles) pèchent par leur indigence, dès qu'il s'agit du Parlement. Pourquoi, d'ailleurs, le Sénat refuse-t-il de se soumettre au contrôle de la Cour des comptes? Quant aux audits internes commandés par Gérard Larcher lors de son arrivée à la présidence (fin 2008), seule une minorité de chiffres triés sur le volet a été transmise aux journalistes. À l'intérieur même de la maison, cette rétention organisée de l'information a fini par ulcérer.

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