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Publié par christian guittard

  • Conçue par le groupe allemand BASF Plant Science avec des partenaires suédois, cette pomme de terre est censée répondre à la demande de fécule de pomme de terre, un amidon haut de gamme utilisé principalement dans l'industrie du papier, du textile, du béton et des adhésifs. Mais l'Amflora pourrait par la suite faire l'objet d'une autorisation complémentaire pour une consommation animale.

    L'Amflora a la particularité de posséder un gène qui a été introduit artificiellement afin de produire un taux élevé d'amylopectine, un constituant de l'amidon très présent dans la pomme de terre. Selon le groupe agro-chimique, son autorisation pourrait générer jusqu'à 40 millions d'euros de revenus par an. Cette autorisation vient à point nommé pour la firme après treize ans d'efforts pour faire autoriser l'Amflora. BASF avait par ailleurs annoncé, début février, avoir obtenu la première autorisation de commercialisation d'OGM de son histoire, un soja résistant aux herbicides, au Brésil, à partir de 2011. Ainsi, on peut dire que BASF entame plutôt bien 2010...

    «La voie est désormais libre», s'est réjoui Peter Eckes, le directeur de la branche phytosanitaire du géant de la chimie. En 2008, la multinationale n'avait pas hésité à effectuer un recours en justice contre la Commission européenne qui, bien que recevant des avis positifs de ses experts, n'autorisait toujours pas la fameuse pomme de terre. Au sein des institutions européennes, il se dit même que BASF aurait menacé de manière informelle la Commission et le gouvernement allemand de déménager ses activités de recherche si l'Amflora ne recevait pas la bénédiction de l'UE avant mars 2010...

    Quoi qu'il en soit, selon Bruxelles, cette culture se fera dans des«conditions strictes», sans donner plus de détails pour l'instant. Cette autorisation, qui n'a fait l'objet d'aucune contestation parmi les commissaires européens, a été rendue possible par le fait que les Etats membres n'ont jamais réussi à se mettre d'accord pendant tout le processus décisionnaire. En juillet 2007 lors de la réunion de la «dernière chance», le conseil des ministres de l'environnement n'avait pas réussi à atteindre une majorité qualifiée (au moins 55% des membres du Conseil représentant au moins 65% de la population) sur cette question. Depuis, la Commission avait les cartes en main, José Manuel Barroso préférant attendre l'avènement de son nouveau mandat et la nomination de sa nouvelle équipe pour finalement abattre ses cartes.

    Succédant sur le dossier des OGM à l'ancien commissaire à l'environnement, le grec Stavros Dimas qui était contre l'autorisation de l'Amflora, le maltais John Dalli invoque «l'innovation responsable» et appuie son argumentaire en indiquant qu'«aucune nouvelle question scientifique n'avait besoin d'être analysée plus avant». Il souligne le fait que la Commission européenne «remplit son rôle de manière responsable en prenant ces décisions, qui se fondent sur plusieurs analyses de sécurité menées au fil des ans par l'Autorité européenne de sécurité des aliments», l'AESA.

    Pourtant, l'AESA qui, jusqu'à présent, a donné 100% d'avis positifs sur toutes les demandes d'autorisation d'OGM en Europe qui lui ont été soumises, est régulièrement critiquée. D'ailleurs, la commission européenne et l'AESA sont toujours au cœur d'une polémique, après la révélation du cas de Suzy Renckens: elle occupait jusqu'en 2008 le poste de coordinatrice à l'AESA avant d'obtenir un poste stratégique au sein de la firme suisse Syngenta, l'un des principaux concurrents de Monsanto.

    La communauté scientifique se déchire toujours sur les impacts sanitaires et environnementaux des OGM. Les uns arguent qu'ils sont sans danger, présents partout dans le monde. Les autres expliquent que la maîtrise des effets liés aux OGM est infime voire inexistante et qu'il est aujourd'hui inconcevable de les cultiver en milieu ouvert et a fortiori de les consommer. Quoi qu'il en soit, John Dalli a précisé, concernant la pomme de terre transgénique de BASF, que chaque Etat sera libre d'autoriser ou non cet OGM.

    D'ici l'été, la commission européenne doit en effet présenter une proposition dont le but est de laisser plus de liberté aux Etats de décider de l'autorisation ou non d'un OGM sur leur sol. A ce jour, onze Etats (Autriche, Bulgarie, Chypre, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Malte, Pays-Bas et Slovénie) réclament ce droit. La France soutient leur démarche.

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