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La Grèce, radiographie d'un pays exsangue

par christian guittard 5 Novembre 2011, 18:07 information

illustration Valerie Grimond Exsangue83 X 119 cm


source et suite de l'article www.mediapart.fr par Mathieu Magnaudeix

Roman Gerodimos se sent de plus en plus à Athènes quand il se promène dans les rues de Londres, où il vit depuis onze ans. «Depuis six mois, j'entends de plus en plus parler grec ! Mes concitoyens, les jeunes surtout, débarquent nombreux. En Grèce, la fuite des cerveaux est énorme en ce moment», raconte Roman, 36 ans, maître de conférences en communication à l'université de Bournemouth (sud-ouest du Royaume-Uni).

Selon Europass, une agence européenne qui accompagne dans leurs démarches les candidats à l'exil au sein de l'UE, 13.300 Grecs ont transmis leurs CV à l'agence en septembre 2011. Les deux tiers avaient moins de 30 ans. Il y a trois ans, avant que les plans d'austérité ne se succèdent, ils étaient à peine 2200.

«Pour les jeunes Grecs, c'est vraiment le désespoir, reprend Roman. Ma génération a été élevée avec l'espoir de beaux lendemains. Jusqu'ici, de nombreux jeunes Grecs pouvaient rêver de faire une carrière qui corresponde peu ou prou à leurs attentes. Maintenant, les diplômés n'arrivent même plus à être embauchés comme vendeurs dans les magasins...»

Depuis la fin de l'année 2009, la Grèce est entrée dans une spirale infernale. Relativement épargné par la crise financière de 2008, cepetit pays de 11 millions d'habitants a subi la vindicte des marchés quand la réalité de son déficit (plus de 15% du produit intérieur brut, un record dans la zone euro où le déficit ne doit théoriquement pas dépasser 3%) a été rendue publique, fin 2009. En échange de son renflouement (très tardif) par l'Union européenne et le Fonds monétaire international, la Grèce a adopté depuis plusieurs trains de mesures extraordinairement sévères. En 2010, le pays a réduit son déficit public de 5%, une «thérapie de choc» uniquement destinée à contenter les marchés financiers, selon Maria Karamessini, directrice du département «politiques sociales» de l'Université Panteion d'Athènes. D'ici à 2015, la Grèce compte bien poursuivre l'austérité pour passer sous le seuil des 3% requis par l'Union européenne et réduire sa dette publique qui culmine à 160% du PIB.

Ces objectifs de réduction des déficits ne disent pourtant rien du marasme social en cours. L'économie grecque rétrécit chaque année : –2% en 2009, –4,5% en 2010 et sans doute –3,5% en 2011, selon les dernières prévisions de la Fondation pour la recherche économique et industrielle (IOBE), un think-tank athénien.

Fin 2011, le chômage (seulement 7,7% en 2008) pourrait atteindre 17% de la population active – chiffre certainement sous-estimé.Selon Eurostat, 43,5% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. En Europe, seule l'Espagne fait pire, et la progression est fulgurante : +10% en un an... «Les jeunes ont absorbé en premier la dégradation économique, et de façon très violente. L'économie n'arrive plus à les intégrer. Beaucoup de jeunes Grecs partent à l'étranger, et ceux qui partent reviennent de moins en moins. Certains 20-30 ans disent que, pour eux, il n'y a plus d'espoir», constate Nicolas Prokovas, maître de conférences à Paris-3 qui travaille actuellement sur l'impact de la crise sur les jeunes Grecs.

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