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La défaite organisée de la santé publique

par christian guittard 4 Février 2012, 15:46 information

source et suite de l'article www.medapart.fr par :  MICHEL DE PRACONTAL

Acte 1 : les médias font éclater un scandale sanitaire.

Acte 2 : la pression médiatique pousse les politiques à s’emparer de l’affaire ; ils demandent une enquête et mettent en place un système d’indemnisation des victimes.

Acte 3 : le rapport d’enquête révèle que le problème était connu depuis des années, que l’administration de la santé publique avait toutes les informations nécessaires pour éviter ou atténuer les dommages, et qu’elle n’a rien fait.

Acte 4 : on « tire les leçons » de la crise en mettant en place une réforme consistant à reconduire le système en place en lui donnant un nouveau nom.

Acte 5 : au terme d’une course de lenteur entre la justice, l’administration et les autres parties en cause (laboratoires, entreprises privées…), un procès se tient, alors que la plupart des victimes sont mortes ou indemnisées, ou les deux, et s’achève sur une décision de non-lieu général…

Sang contaminé, amiante, hormone de croissance, vache folle, Mediator et aujourd’hui prothèses PIP... avec des variantes mineures, ce drame en cinq actes décrit le déroulement de la plupart des scandales sanitaires survenus dans notre pays depuis deux décennies. Cette fois, on a même constaté une accélération du processus : à peine votée, la « loi Mediator » censée réformer le système du médicament n’a pas eu le temps d'entrer en application que l’affaire PIP était déjà à la « une » des journaux.

Prothèse PIP défectueuseProthèse PIP défectueuse© Reuters

 

Conséquence de l'affaire du sang contaminé : la France totalisait, en 1993, plus de la moitié (57,6 %) des cas de sida post-transfusionnel de toute la communauté européenne, avec un taux 7,43 fois plus élevé qu’en Allemagne et 17,3 fois plus élevé qu’au Royaume-Uni. Dans l'affaire du Mediator, la France est le seul pays où les fenfluramines ont été commercialisées pendant près d’un demi-siècle, de 1963 à 2009 (on retrouve ces molécules dans trois médicaments : le Pondéral et l’Isoméride, vendus comme coupe-faim ; et le Mediator, censé être un antidiabétique alors qu’il a les mêmes propriétés que les deux autres). Dans l'affaire de l'hormone de croissance, la France, pays de Pasteur, ignorait les règles d’hygiène qui auraient évité la transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob via l’hormone de croissance extraite d’hypophyses. Dans l'affaire des prothèses PIP, la France a continué d’implanter ces prothèses alors qu’elles étaient exclues depuis 2000 du marché des Etats-Unis, et que des procès contre le fabricant de la Seyne-sur-Mer ont été intentés en Grande-Bretagne dès 2003.

Pourquoi le système sanitaire français se montre-t-il systématiquement aussi inefficace et, du point de vue des victimes, d'un aveuglement criminel ? Le caractère répétitif de ces affaires suggère qu’elles ont des traits en commun. L’affaire Mediator a souligné le rôle du lobbying des entreprises privées et des problèmes de conflits d’intérêts. Mais cela n’explique pas tout.

Quatre autres éléments jouent un rôle décisif dans ce qu’Aquilino Morelle, auteur du rapport de l’Igas sur le Mediator, a appelé « la défaite de la santé publique ». Comme on va le voir, il s’agit d’une défaite organisée.

1. – le mensonge d’Etat

Dans la plupart des affaires sanitaires, un discours officiel se met en place, déniant les faits. Son prototype est le discours du professeur Pellerin, en 1986, à propos de Tchernobyl. Contrairement à une légende, Pierre Pellerin, directeur du service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) n’a jamais dit que le nuage radioactif s’était arrêté à la frontière française, ce qui aurait été faire preuve d’un humour peu apparent chez cet homme austère.

Image du nuage de TchernobylImage du nuage de Tchernobyl© IRSN

En revanche, Pellerin a affirmé, sans la moindre preuve, que ce nuage n’avait pas de conséquences sanitaires pour les Français et par conséquent qu’aucune précaution ne s’imposait. Dans son livre De Tchernobyl en Tchernobyl(Odile Jacob), le prix Nobel Georges Charpak estimait en 2005 que les retombées de la catastrophe pourraient provoquer 300 décès par cancer en France sur trente ans.

A ce jour, aucune étude consacrée spécifiquement à la France n’a permis de trancher, même si globalement des travaux ont montré que l'ensemble de l'Europe avait été affectée par les retombées de Tchernobyl (voir notre article ici). Pellerin a bénéficié en septembre 2011 d’un non-lieu après avoir été poursuivi par la Criirad et l’Association française des malades de la thyroïde. Le procès aura tout de même éclairé les citoyens sur la conception de l’information de ce grand serviteur de l'Etat : on a appris, par exemple, qu’il était le véritable auteur d’un rapport de l’Académie des sciences publié en 2003, rapport qui justifiait les décisions de Pellerin. Ce rapport avait été présenté comme l’œuvre de trois spécialistes de médecine nucléaire et de radiotoxicologie. C'était un faux.

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