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L'intervention télévisuelle de Zorro

par christian guittard 11 Février 2011, 13:32 information

Zorro

 

11 Février 2011Par gilles sainati  www.mediapart.fr

 

Dans une émission taillée sur mesure sur TF1, Nicolas Sarkozy a entonné sonhabituel langage abreuvant le téléspectateur de vagues émotionnellescomme il sait si souvent le faire.

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 C'estoublier que le Président de la République  a connu la popularité grâceà la  prise d'otage de la maternelle de Neuilly.. Déjà, en mai 1993,alors qu'il est ministre du budget et maire de Neuilly.  Il étaitapparu à la une des journaux télévisés avec des enfants dans les brasqu'il arrivait à faire échapper au monstre armé.. HB dont d'ailleursl'appellation semble toute droit sprtie d'un film de science fiction.C'est James Bond contre le docteur No.  A l'époque, il montrait qu'ildéterminait lui même la stratégie de négociation avec HumanBomb..(http://www.dailymotion.com/video/x1lyab_nicolas-sarkozy-hb-otages_news)

Depuiscette séquence, il n'a pas lâché ce stratagème médiatique.. Il est nonseulement du coté des victimes mais surtout c'est  lui qui agit malgrél'incurie ou l'impuissance des forces de l'ordre, de la justice, desservices ....

Il faut revisionner les vidéos de l'époque pour s'en convaincre.

 

Travaillersur l'émotion,  grimer le prétendu "français moyen" et lesconversations de café du matin, tel est le créneau pour ne pas dire lecredo, mais surtout en dévalorisant le professionnel à ses cotés...

 

Achaque nouvelle loi sécuritaire, ce fut la même histoire, utiliser lefait divers pour imposer sa vision univoque de la société... Il estvrai que sa génération ( à laquelle j'appartiens ) à été bercée par lafigure de Zorro.. L'élégant chevalier , Don Diego de la Véga,   quiaprès quelques embrassades auprès de sa magnifique promise allaitcombattre seul le crime au mépris de l'incompétence de l'institutionpolicière et étatique , le sergent Garcia....aidé d'ailleurs  par sonfidèle serviteur Bernardo , sourd et muet... ( le premier ministre ?)

Sarkozyde Nagy Bosca, Don diego de la Vega nous a resservi le même discours cesoir sur le plateau de TF1...L'émotion, sa parole d'honneur,l'instrumentalisation de la parole de la victime...finalement si lesmagistrats réagissent mal à ses propos qu'il a tenu à Orléans, c'estqu'il avait donné sa parole d'honneur  à la victime qu'il allait ledire .." les responsables seront châtiés."

Outreque ce type d'enchaînement d'arguments et démonstration sont un peuenfantins, il laisse pantois dans la bouche d'un Président de laRépublique ..... 

 

Hommed'honneur, nul n'en doute, mais   l'on va finir par croire, que NicolasSarkozy  croit à ses raisonnements et pense que par le personnage à laZorro il remplit la fonction... Le drame, c'est que Zorro agit dansl'instant, il règle par des cavalcades incessantes  et au bout del'épée, des litiges, dans l'immédiateté...

Lalutte contre l'insécurité ou  contre la récidive ne s'inscrivent pasdans l'immédiateté,  celle qui va l'obliger à pondre une loi tous les 3mois...

C'estplutôt l'inverse, mettre en  place une politique multi partenariale,éducative et répressive nécessite la programmation de moyens humains etbudgétaires qui  dépassent le cadre d'un feuilleton ....

 

Unefois que  le cadre enfantin est posé, il ne reste plus qu'a flatter la"France d'en bas" : vous serez juges vous même et ainsi voussanctionnerez le crime, vous même.... Pourquoi pas ? mettre des juryspopulaires en correctionnelle, d'une part cela existe  déjà  un peuavec les juges de proximité. d'autre part la fréquentation des Coursd'Assises démontre que les jurés d'assises ne sont pas forcément plusrépressifs que les juges professionnels. Surtout il va falloir résoudrerapidement des problèmes complexes: organiser les vacations descitoyens, envisager les pressions éventuelles sur les jurés, reprendrela notion d'impartialité, se poser la question de la jurisprudenced'une telle juridiction etc ...

Cela signe bien sûr une déconsidération profonde des professionnels de justice.... qui en ont, maintenant,  l'habitude.

Finalement on peut être juge facilement, demain tout le monde pourra l'être, etavec la LOPPSI 2 d'ailleurs tout le monde pourra être policier dans laréserve civile... Il est bien évident que ce sera un moyen, pas cher,d'augmenter le nombre de professionnels de la justice et des forces desécurité et de  renouer facilement avec le mythe de la perspicacité dupeuple contre les juges fatalement  irresponsables...

 

Suitensuite le même catalogue de bouc émissaires..: les étrangers bien sûr,les jeunes dont on retiendra que parce qu'ils sont mieux alimentésqu'avant et sont grands et costauds, il convient d'abaisser la majoritépénale...Voilà une curieuse façon de concevoir la notion dediscernement...

 

Bref,ce discours que l'on pourrait qualifier de populiste est surtoutsimpliste et soit reprend  un neuro-marketing précis pour toucher lecoeur de cible: la population française dont le niveau mental auraitsubitement baissé, soit il émane  lui même  du cerveau de Président dela République, et alors il faut trouver les schèmes de cette visiondans des stéréotypes adoptés depuis fort longtemps..

 

Laseconde hypothèse semble peut être la bonne, car cette impression derabâchage du discours, des mêmes mots, mêmes attitudes, témoigneraientd'une impossibilité de s'adapter aux nouveaux enjeux et une nouvelleattente de l'opinion..et la volonté de se raccrocher à un mondemagique, celui  ou tous les problèmes peuvent se résoudre parl'apparition du héros, faisant alors corps avec la régression prétendueou constatée de l'opinion..Régression de l'opinion que l'on accompagnevers l'enfance et ses peurs et ses émerveillements  faciles..

 

Ou bien, ,sommes nous là arrivé au seuil maximun de la manipulation, tellement grossière qu'elle en devient risible..ou triste 

 

Mais,il est vrai que la figure de Zorro s'apparente mal avec  diversesaffaires qui émaillent la vie quotidienne de l'exécutif gouvernemental.Héros sans peur et sans reproche, Zorro est l'héros éthique, celui quel'on voudrait comme beau-fils.... Est ce encore le cas pour celui quiparaît emprunter ses bottes ?

 

Gilles Sainati Syndicat de la magistrature

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