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Publié par christian guittard

source et suite de l'article www.mediapart 12/10/2010 Edwy Plenel

Une semaine après notre interpellation de Nicolas Sarkozy sur l'espionnage des journalistes, Mediapart attend toujours la plainte en justice de l'Elysée. Cette poursuite en diffamation avait étépubliquement annoncée, samedi 6 novembre, par le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant, précisant qu'elle prendrait la forme d'une citation directe auprès de Mediapart. Nous ne l'avons donc pas encore reçue mais, de source judiciaire, on nous dit qu'elle est en cours d'élaboration et qu'elle devrait nous parvenir d'ici peu.

Cette plainte serait une déclaration de guerre non seulement à la liberté de la presse, mais à la démocratie qui la fonde et la légitime. Depuis quarante ans et la présidence de Georges Pompidou (1969-1974), qui avait l'excuse de s'alarmer de rumeurs calomnieuses visant l'honorabilité de son épouse,jamais la Présidence de la République n'a pris le risque de poursuivre directement un organe d'information. Ce faisant, les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy manifestaient leur respect symbolique d'un principe constitutionnel : le droit à l'information des citoyens, la liberté d'interpellation de la presse, le libre questionnement des journalistes. Le droit, en résumé, d'apostropher des personnages et des autorités qui ont infiniment plus de pouvoir que le commun des citoyens.

Cela ne faisait pas de ces présidents des saints démocrates pour autant, etl'affaire des écoutes de l'Elysée sous la présidence de François Mitterrand (1981-1995) – dont je fus l'une des cibles et qui fut sanctionnée par la justice – nous rappelle que la détestation du journalisme indépendant est la compagne naturelle du pouvoir personnel et de son esprit de cour. Mais ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac (1995-2007), ni même Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) n'ont décidé de poursuivre un journal qui interpellait légitimement la présidence sur une grave question d'intérêt public. Il faut donc croire que, du haut de sa toute-puissance qui cache son immense faiblesse, l'hyperprésidence sarkozyste ne le supporte plus et entend, plus que jamais, intimider, fragiliser et isoler le journalisme qui la dérange. Tel est le sens politique de cette plainte judiciaire annoncée par l'Elysée : faire taire les questions dérangeantes, impressionner les médias complaisants, mettre à l'index les journalistes impertinents.

Il suffit de relire mon article du 3 novembre (en français ici et en anglais là) pour constater qu'il pose des questions légitimes à partir de faits indiscutables intervenus depuis juillet dernier : les violences verbales du pouvoir contre les journalistes trop curieux ; l'espionnage téléphonique policier de ces mêmes enquêteurs pour connaître leurs sources ; les mystérieux vols et cambriolages concomitants dont ils ont été les victimes. Tous ces événements concernent au premier chef Mediapart puisqu'ils ont pour contexte les deux affaires qui inquiètent, voire affolent, Nicolas Sarkozy, les dossiers Karachi et Bettencourt dont nous avons été, sous les plumes de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, les initiateurs. Deux dossiers qui ont pour point commun de mettre en difficulté l'actuel président de la République sur le terrain des financements politiques illégaux, en 1995 lors de la campagne d'Edouard Balladur, en 2007 lors de la sienne.

Nous sommes d'autant plus légitimes à interpeller le pouvoir que nous sommes la cible évidente de ces manœuvres de l'ombre. Et que cette persécution aussi illégale que déloyale est de notoriété publique. Depuis la mise en ligne de cet article que Nicolas Sarkozy, via son secrétaire général, Claude Guéant, entend poursuivre, nos informations sur l'espionnage des journalistes de Mediapart ont été confirmées en cascade par de nouvelles révélations. C'est ainsi que Le Canard enchaînéL'Express et France Info – mais aussi d'autres organes de presse, à des degrés divers – ont apporté des précisions sur les surveillances téléphoniques de nos journalistes

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