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Hortefeux est aujourd'hui chez le juge Gaubert: « Il faut dire qu’on a une petite, petite maison»

par christian guittard 6 Décembre 2011, 14:14 information

source et suite de l'article www.mediapart.fr par :  FABRICE ARFI ET KARL LASKE

« Ça m'embête de te le dire par téléphone (...) Je te raconterai mais ils ont énormément de choses. » Le 14 septembre, dans la soirée, l'ancien ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, avertit son ami Thierry Gaubert du contenu accablant du dossier d'instruction de l'affaire Takieddine. L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy a subi des perquisitions début juillet et se trouve alors placé sur écoutes.

Mais malgré ses précautions, Brice Hortefeux en dit trop au téléphone. Il avertit Thierry Gaubert que sa femme a « beaucoup »parlé. Il est aussi soupçonné de l'avoir prévenu de la remise d'une clé USB aux enquêteurs contenant l'enregistrement, par Hélène Gaubert, d'une conversation explosive avec son mari, dont nous dévoilons l'intégralité (en page 2).

 

T. GaubertT. Gaubert© Reuters
Brice Hortefeux est convoqué aujourd'hui chez le juge Roger Le Loire comme témoin assisté dans l'enquête pour«subornation de témoin» dans laquelle Thierry Gaubert a été mis en examen le 22 novembre.

 

Le 14 septembre au matin, c'est un article de Mediapart qui suscite l'inquiétude des deux hommes. A demi-mots, ils évoquent « l'histoire du témoin qui aurait dit des trucs».

En effet, Mediapart dévoile, ce matin-là, la récente déposition d'un témoin au sujet de remises de fonds effectuées par Thierry Gaubert et le marchand d'armes Ziad Takieddine au profit d'hommes politiques français. Mais l'article n'évoque ni l'identité du témoin (Hélène Gaubert), ni la remise d'une clé USB aux policiers. Depuis, l'enquête a permis d'établir que MM. Gaubert et Hortefeux se sont vus le 15 septembre. Et le lendemain de ce rendez-vous, Thierry Gaubert annonce à sa femme qu'elle est le témoin anonyme et qu'il sait qu'elle a remis une clé USB.

« Le 15 septembre, alors qu'il m'a questionnée pour savoir si j'étais le témoin, il n'en savait rien, et c'est pour cette raison qu'il s'est contenté de mes réponses vagues, a expliqué Hélène Gaubert au juge Le Loire, le 25 octobre. Le lendemain, il savait, de façon certaine, que j'étais le témoin. J'en ai eu la certitude du fait qu'il avait mentionné un enregistrement, mais cette discussion me laisse penser qu'il a rencontré quelqu'un, probablement Brice, qui l'a informé plus précisément avec des éléments qui n'étaient pas disponibles dans la presse.»

La princesse enfonce le clou. « Concernant la cassette, je voudrais vous préciser que s'il y avait eu des fuites que Mediapart a rendues publiques, il n'était pas fait mention d'enregistrement dans cet article. Mon mari avait donc été informé autrement que par voie de presse. »

Le 16 septembre, l'existence d'un enregistrement rend Thierry Gaubert particulièrement menaçant lors de sa rencontre avec sa femme.

 

Brice HortefeuxBrice Hortefeux© Reuters

 

« Le lendemain, il me dit "je dois te parler descends, je suis dans le coin"  et là il me dit : "je sais que c'est toi, t'as balancé, qu'est-ce que t'as raconté, t'es complètement folle", il est sûr de lui, a expliqué au magistrat Hélène Gaubert. Et je lui dis "comment tu sais?". Il me répond juste: "je sais". Mais notre échange est assez violent. Il me dit "qu'est-ce que tu as dit dans la cassette" ? Je lui réponds "t'as qu'à demander ce qu'il y a dans la cassette", et là, trois ou quatre fois il me répète "qu'est-ce qu'il y a dans la cassette" ? Il était hystérique de rage. Je suis sortie de la voiture et je suis partie car c'était trop tendu. »

Hélène Gaubert a décidé d'enregistrer son mari à son insu après les perquisitions subies par l'ancien conseiller du chef de l'Etat. « J'avais décidé d'enregistrer la conversation, parce que je me suis dit on ne sait jamais, s'il me fait encore des menaces, a indiqué Hélène Gaubert. Je m'y suis rendue avec un enregistreur que j'avais dissimulé dans la poche de ma veste. »

L'objectif de Thierry Gaubert est d'obtenir le silence de sa femme. Il lui intime l'ordre d'en dire le moins possible aux policiers et de cacher à tout prix l'origine et l'étendue de leur fortune. En particulier leur villa en Colombie, comme en témoigne la retranscription de l'enregistrement. M. Gaubert dit à sa femme, en parlant de lui-même: « Ce qu'il faut dire, il a acheté une maison, enfin un terrain avec une petite, petite maison dessus, ça c'est ce qu'il faut dire, et non pas une grande maison... (inaudible) grande maison qu'un ami nous prêtait, un ami nous prêtait à côté... Ou qu'on louait, combien je ne sais pas. En tout cas, on n'a pas de grande maison.»

Mediapart a montré iciici et  la réalité de cet investissement immobilier secret. Mais Thierry Gaubert est allé encore plus loin puisqu'il a par la suite demandé à sa femme de « se rétracter ».Malgré son témoignage la pression n'est pas retombée. Le 25 octobre, Hélène Gaubert s'est en effet plainte d'avoir reçu, à partir des téléphones portables de ses filles, de nombreux textos d'insultes et de menaces qu'elle soupçonne en réalité provenir de son mari.

 

La "petite, petite maison" de Thierry Gaubert en Colombie...La "petite, petite maison" de Thierry Gaubert en Colombie...© Mediapart

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