Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par christian guittard

 

30 Avril 2010 Par 

Edwy Plenel (source et suite de l'article www.mediapart.fr)

 

On aurait tort d'en rire, tant ces politiques-là sont potentiellement meurtrières. Des politiques qui font le tri entre les hommes. Qui les sélectionnent, les hiérarchisent et les choisissent, en acceptent quelques-uns pour en exclure une majorité, distinguent les bons et les mauvais, ceux que l'on sauve et ceux que l'on rejette. Ainsi des indigènes sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Les bons, ce sont ceux qui sont prêts à mourir pour la France, au sens propre hier quand ils nous servaient de chair à canon, au sens figuré aujourd'hui quand ils acceptent de s'oublier en s'assimilant. Les mauvais, ce sont ceux qui ne renoncent pas à être eux-mêmes, en revendiquant leur indépendance nationale hier, en défendant leur différence dans la France plurielle aujourd'hui.

 

En 2006, à Cannes, les premiers étaient fêtés. Cinq d'entre eux, sur la scène du Festival, entonnèrent même un inoubliable «C'est nous les Africains qui revenons de loin / Venant des colonies pour sauver la patrie». Les acteurs Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Samy Naceri, Sami Bouajila et Bernard Blancan fêtaient ainsi leur prix collectif d'interprétation masculine dans le film de Rachid Bouchareb justement intitulé IndigènesUn film qui nous rappelait qu'une bonne moitié des effectifs des Forces françaises libres (FFL) qui, avec la Résistance intérieure, sauvèrent la France de la déchéance pétainiste, venaient en effet des colonies, consentant un sacrifice auquel nombre de Français supposés «de souche» furent alors étrangers.

 

 

Quant aux seconds, les mauvais indigènes, voici venu, quatre ans après et à rebours de cette réconciliation cinématographique autour d'un passé commun à la France et à ses anciennes colonies, le temps de leur régler leur compte puisque, depuis 2007, la voie est libre, l'exemple venant d'en haut, de la présidence en ses sommets élyséens. Le problème, c'est que ce sont les mêmes. Tout comme, dans l'histoire réelle, les colonisés qui avaient participé au combat contre le nazisme furent les premiers à espérer que les idéaux pour lesquels ils s'étaient battus leur seraient reconnus enfin, dans leurs propres pays: liberté, égalité, fraternité, tout simplement, sans partage d'origine, de race, de peau, de naissance, de fortune, d'identité, etc.

 

©StudioCanal
©StudioCanal
Avec Hors la loiRachid Boucharebraconte en effet la suite d'Indigènes, autour de l'histoire de trois frères algériens installés en France. Et le point de départ du film est l'événement qui symbolise l'immense déception des peuples colonisés par la France à l'issue de la Seconde Guerre mondiale: le 8 mai 1945, à Sétif et Guelma, en Algérie, dans le nord-constantinois. En ce jour resté comme la date historique de la victoire des Alliés contre l'Allemagne nazie, le défilé de joie libératrice tourne au drame sanglant: rassemblés en fin de cortège, les nationalistes algériens sont sommés par les représentants de l'ordre colonial de ranger leurs calicots et pancartes; la manifestation tourne à l'émeute, avec des violences contre la population européenne; la répression qui suit contre les Algériens est d'une violence inouïe, notamment de bombardements aériens contre les populations civiles, sans proportion avec l'événement déclencheur.

 

 

«En vérité, la guerre d'Algérie a commencé le 8 mai 1945», écrit l'historienne Annie Rey-Goldzeiguerdans l'un des ouvrages de référence sur ces événements, livre qui est aussi l'aboutissement d'une vie puisque elle-même était, au moment des faits, jeune étudiante à Alger. On y trouve le décompte précis des pertes européennes: cent deux (ou cent trois) tués, cent dix blessés et dix viols. S'agissant des pertes algériennes, pour lesquelles les estimations vont de 1.340, chiffre minime donné à l'époque par le gouvernement général de la colonie, à 80.000, selon le quotidien algérien El Moudjahid en 1985, Annie Rey-Goldzeiguer conclut, après une enquête minutieuse: «La seule affirmation possible, c'est que le chiffre dépasse le centuple des pertes européennes[donc plus de 10.000 morts parmi les Algériens] et que reste, dans les mémoires de tous, le souvenir d'un massacre qui a marqué cette génération.»
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article