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Enquête Takieddine: Mediapart visé par des menaces de mort

par christian guittard 1 Septembre 2011, 12:01 information

source et suite de l'article www.mediapart.fr

par Edwy Plenel

Mercredi 31 août, Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, a déposé plainte contre X auprès du procureur de la République de Paris du chef de menaces de mort. Cette plainte fait état de menaces explicites reçues au début de notre enquête sur les documents Takieddine, alors qu'elle n'était pas encore publique. Elles émanaient de Pierre Sellier dont la société d'intelligence économique, Salamandre, évolue dans les cercles du pouvoir sarkozyste et qui a travaillé pour le marchand d'armes Ziad Takieddine.

Le premier article de notre enquête sur les documents Takieddine, menée en équipe par Fabrice Arfi et Karl Laske, a été mis en ligne le 10 juillet 2011 (le retrouver ici). Dans les jours qui ont précédé cette publication, précisément entre le 2 et le 8 juillet, Fabrice Arfi recevait sur son téléphone mobile une cascade de SMS – huit exactement – envoyés depuis le téléphone portable de Pierre Sellier. Certains de ces SMS étaient dupliqués et également adressés sur le téléphone du directeur de Mediapart.

 

© (dr).
Relevant d'un incontestable harcèlement et adressés parfois en pleine nuit, ces SMS étaient à la fois grossiers dans leur formulation, confus dans leur propos et menaçants dans leur intention. Par exemple, celui-ci, du 3 juillet à 18h06 : « Ma poule, tavais raison ! A Karachi, on va "briser des genoux". J'espère que tu as enfin réussi à te raser la barbe. Amitiés ». Ou cet autre, du 7 juillet à 23 heures : « Plenel le moustachu et Arfi le barbu, si je vous prends désormais à encore essayer d'enculer le juge Trevidic (il s'agit du magistrat chargé de l'enquête sur l'attentat de Karachi-NDLR), je vais vraiment me facher, Cela est une MENACE DE VERITE pour protéger le juge, Dénoncez moi au juge, SVP ».

 

Nous n'aurions pas prêté plus d'attention à ce délire si nous ne connaissions pas la personnalité et le parcours de Pierre Sellier. Fondateur, actionnaire majoritaire et président par intermittence de la société d'intelligence économique Salamandre, ce personnage évolue dans les milieux du renseignement, en marge des services officiels. Des anciens responsables de la DGSE, de la DST et de la Police judiciaire, et non des moindres, ont accepté de travailler avec lui ou de cautionner son entreprise.

C'est pourquoi, intrigués par ces messages qui tombaient de nulle part, notre enquête sur les documents Takieddine n'étant pas encore publique et n'ayant donné lieu à aucun contact avec ce monsieur, nous avons décidé d'en avoir le cœur net. Karl Laske a donc appelé Pierre Sellier, le 5 juillet, conversation que nous avons enregistrée par précaution. Se présentant en sa qualité de journaliste à Mediapart, Karl Laske a expliqué à son interlocuteur qu'il souhaitait comprendre le sens des messages envoyés.

Voici la réponse de Pierre Sellier : « Mediapart n'est pas un journal, c'est une merde. (...) Ecoute-moi. Je suis un tueur. Je suis un tueur du service Action, tu le sais cela. Arfi, je vais le dézinguer. Lui raser la barbe et toutes ses couilles. Edwy Plenel, la moustache. Je lui rase la moustache. Je l'encule. Je suis cent fois plus intelligent que toi. J'ai rien contre toi, tu écris ce que tu veux. Tu peux me diffamer. Je m'en tape. Toi, Karl Laske, j'ai rien contre toi. Par contre, Arfi, je vais le massacrer, l'enculer. Je vais le défoncer. Enculé, enculé. Tu comprends ? Je vais le tuer. Service Action. Trois balles dans la tête. Enculé ».

Comme l'explique la plainte déposée au nom de Fabrice Arfi par notre avocat Jean-Pierre Mignard, plainte dont Mediapart est évidemment solidaire (télécharger ici la plainte en format PDF ou la retrouver in extenso sous l'onglet Prolonger), ces propos tombent sous le coup de l'infraction prévue à l'article 222-17 alinéa 2 du Code pénal (le retrouver ici), qui réprime les menaces de commettre un crime ou un délit contre les personnes et aggrave les peines « s'il s'agit d'une menace de mort » (trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende).

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