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Publié par christian guittard

08 Juin 2010 Par 

Martine Orange (source et suite de l'article : Electricité sur www.mediapart.fr)

Dans le brouhaha du moment, le projet de loi sur la nouvelle organisation du marché électrique (Nome), qui doit être discuté à partir du 8 juin à l'Assemblée nationale, a toutes les chances de passer inaperçu. Il est si technique... Pourtant, il recèle une révolution politique: rien de moins que l'éclatement de l'organisation du marché telle qu'elle avait été dessinée en 1946. Sans discussion préalable, sans débat public, le tout caché derrière des arguments technocratiques.

Officiellement, le gouvernement ne fait que répondre à l'injonction de Bruxelles. Autant le monopole de GDF-Suez, privé désormais, sur toutes les infrastructures de stockage et de transport de gaz, cédées pour 1 euro symbolique par l'Etat, ne semble pas gêner la Commission européenne, autant le poids d'un EDF public lui est insupportable. Les tarifs régulés proposés aux entreprises et aux particuliers sont, selon elle, une entorse manifeste à la libre concurrence. François Fillon semble sur la même longueur d'onde. Matignon s'est précipité pour obtempérer aux demandes de la Commission européenne, en promettant la mise à disposition de l'énergie nucléaire produite par EDF à la concurrence. 

S'appuyant sur le rapport Champsaur, destiné à préparer les esprits, le gouvernement dans son projet de loi prévoit de permettre aux rivaux d'EDF d'avoir accès à l'électricité nucléaire produite par le groupe. Celui-ci devra leur céder 100 TWh , soit le quart de sa production, chaque année. En clair, les électriciens privés, qui n'ont consenti aucun investissement, pourront bénéficier des efforts financiers qu'ont consentis les Français depuis trois décennies et auront leur part de la rente nucléaire.

«On est au bout de la logique du démantèlement de l'énergie en France. La privatisation de GDF a été une faute stratégique. La dégradation des conditions de service public, des réseaux, ne cesse de s'accélérer. Et maintenant, le gouvernement poursuit l'œuvre, en s'attaquant au cœur même du système, la production nucléaire d'EDF», s'indigne le député PS François Brottes, spécialiste des questions d'énergie. 

Au nom de quel principe oblige-t-on un groupe à renoncer aux avantages concurrentiels qu'il a financés pendant des années et dont il a fait bénéficier ses clients? Le gouvernement n'a qu'une réponse à opposer: au nom de la concurrence libre et non faussée. Après avoir cassé toute l'organisation verticale du marché de l'énergie, supprimé toute l'efficacité économique et fait disparaître les économies d'échelle en imposant une séparation entre la production et les réseaux, le gouvernement continue. Pourtant la libéralisation de l'énergie en France, comme partout d'ailleurs en Europe, est un échec: les investissements de production sont toujours aussi réduits, les prix ont augmenté, les temps de coupure particulièrement en zone rurale ont triplé, les délais de raccordement se chiffrent en mois. Il convient donc de s'entêter.

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