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Crise de l'euro: pourquoi la France et l'Allemagne se querellent

par christian guittard 22 Octobre 2011, 12:33 information

Sarkozy l'incontrolable

source et suite de l'article www.mediapart.fr

MARTINE ORANGE ET LUDOVIC LAMANT

 Un sommet menacé d'annulation mais qui se tiendra, malgré tout, dimanche, sans aboutir à la moindre conclusion; un second prévu mercredi en fin de journée, restreint aux seuls membres de la zone euro, et qui s'annonce lui aussi très incertain; une situation grecque devenue incontrôlable, qui se double désormais d'une crise politique et sociale; une rencontre entre l'Europe et la Chine, prévue de longue date mercredi en amont du sommet du G20, et annulée par Bruxelles in extremis, faute de pouvoir définir la ligne européenne sur l'euro; des gouvernements qui parlent dans tous les sens; Barack Obama, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui multiplient les réunions téléphoniques en se répétant que l'heure est grave... L'Europe nage dans la plus totale confusion. «L'impact à l'extérieur est désastreux» pour l'Union européenne, a reconnu vendredi Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois.


Au cœur de la discorde, le couple franco-allemand a envahi le devant de la scène, ravalant les autres pays européens au rang de spectateurs. Pendant des mois, Paris et Berlin avaient réussi à cacher les désaccords et leurs divergences de vue, en bâtissant des compromis laborieux et bancals. L'entente de façade qui a prévalu n'a pas tenu à l'épreuve de la réalité. Rien ne s'est réalisé comme prévu. Toutes les mesures se sont écroulées face à la déferlante de la crise financière. Le dispositif adopté lors du sommet européen du 21 juillet, qui était censé offrir enfin le cadre de stabilité financière que la zone euro recherche depuis le début de la crise grecque, est mort avant même d'avoir vu un début d'exécution. Devant ce constat d'échec, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel étalent leurs différends. Ils ne sont plus du tout d'accord sur ce qu'il convient de faire pour sauver la zone euro. Chacun a ses impératifs et son agenda. Retour sur cette querelle qui ébranle toute l'Europe. 

  • La Grèce est-elle encore sauvable et à quel prix ?

Un an et demi après le déclenchement de la crise de la dette, la Grèce n'est plus que l'ombre d'elle-même. La potion choc de la «troïka» (Commission européenne, BCE et FMI), à base d'austérité massue, a produit des résultats catastrophiques. Le pays se trouve entraîné dans un cercle vicieux, qui pourrait emporter l'euro. A la récession (-4,5% attendus pour cette année) et au déficit public toujours gigantesque (8,5% du PIB) de la Grèce, s'ajoute désormais une crise politique profonde: le gouvernement socialiste au pouvoir semble plus que jamais coupé de sa population. Si l'on en croit les statistiques de l'agence Bloomberg, les

CDS sur les obligations gecques à cinq ansCDS sur les obligations gecques à cinq ans© bloomberg
CDS de la Grèce, ces titres utilisés comme garanties contre une faillite, valent aujourd'hui zéro. En clair: ce marché a disparu. Le pays est en état de mort clinique financière.

Rendu public vendredi par plusieurs journaux économiques, le rapport de la «troïka» sur l'état de la Grèce est un grand moment d'absurdité. Les experts européens dépêchés sur place pendant des semaines plaident pour le versement à Athènes, au plus vite, d'une sixième tranche d'aide, de 8 milliards d'euros (sur un total chiffré, en mai 2010, à 110 milliards). Ils reconnaissent que toutes les prévisions, de croissance, de rentrées fiscales, de réduction du déficit grâce au programme de privatisations, n'ont pas été tenues, et concluent... qu'il ne faut surtout pas changer de stratégie: «Les conditions d'un succès du programme d'ajustement économique restent les mêmes», lit-on dès la page 4 du rapport (ici). 

«La dynamique de la dette, en Grèce, est extrêmement inquiétante», mettent en garde les experts qui, pour la première fois, reconnaissent aussi l'existence d'un «malaise social». Réunis vendredi soir à Bruxelles, les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert au versement des huit milliards. Mais il manque encore l'avis du FMI... Preuve que les discussions sont extrêmement tendues, et les désaccords nombreux, ce rapport de la troïka n'a en effet pas été signé, c'est une première, par le Fonds monétaire international. Ce qui n'a pas manqué d'être interprété comme un signe de désaccord de l'institution de Christine Lagarde avec Bruxelles. Le FMI pourrait donc retarder encore un peu plus ce versement.  

 

Plus compliqué encore, le texte laisse entendre que le deuxième plan de sauvetage, celui du 21 juillet, pas encore appliqué, est déjà totalement périmé. Cet accord prévoyait une participation «volontaire» du secteur privé, à hauteur de 21%, pour alléger le fardeau grec. L'Allemagne militait pour que la restructuration de la dette grecque soit au moins portée à 50%, un montant finalement accepté vendredi soir par les créanciers privés. Un peu d'air pour Athènes, mais pas tant que cela. Selon les calculs d'UBS, une restructuration de 50% ne se traduirait que par un allégement réel de 21% pour le gouvernement grec. D'ailleurs, les Français n'en voulaient pas, préférant s'en tenir aux règles arrêtées au sommet du 21 juillet. Pour une raison simple: à 50%, on risque de fragiliser un peu plus les banques françaises, et de devoir les recapitaliser.

Dans un entretien vendredi au quotidien Bild, le patron de la Commerzbank, numéro deux bancaire en Allemagne, juge qu'il faudra que la Grèce fasse tout simplement défaut. Cette solution aurait, selon lui, le mérite d'éviter la contagion au reste de l'Europe.

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