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Chrétien et franc-maçon : les raisons d’une incompatibilité.

par christian guittard 25 Mai 2013, 16:58 information

Une église/Image d'archives

 

Le curé de Megève (Haute-Savoie), Pascal Vesin, démis de ses fonctions par l’évêque d’Annecy, Mgr Yves Boivineau en raison de son appartenance à la Franc-Maçonnerie a été une annonce qui a détonné dans la blogosphère maçonnique essentiellement  !

Le Diocèse d’Annecy a communiqué sur sa décision le  24 mai 2012 dans un communiqué (voir ce dernier ici ou ci après)

 

 Le Code de Droit canonique de 1983 ne fait pas mention

expresse de la franc-maçonnerie, à la différence de celui de 1917. Ce

fait a pu être interprété comme un changement de position de l’Église.

Dans une note datée du 26 novembre 1983, La Congrégation pour la

Doctrine de la Foi (CDF) précise que « le jugement de l’Église sur les

associations maçonniques demeure inchangé… et l’inscription à ces

associations reste interdite par l’Église », ceci en raison même de

l’incompatibilité entre les principes de la Franc-Maçonnerie (FM) et

ceux de la foi chrétienne. La CDF se situe au plan de la foi et de ses

exigences morales, étant donné que le fait d’adhérer à la FM met en

cause les fondements de l’existence chrétienne.

Le relativisme est au fondement même de la FM. C’est le nœud

même de l’incompatibilité, en raison des conséquences sur le contenu

de la foi, l’acte de foi lui-même, l’agir moral et l’appartenance à

l’Église Corps du Christ.

Les francs-maçons nient la possibilité d’une connaissance

objective de la vérité. On demande à un franc-maçon d’être un homme

libre, qui ne connaît aucune soumission à un dogme, ce qui implique

le rejet fondamental de toutes les positions dogmatiques : « Toutes les

institutions qui reposent sur un fondement dogmatique, et dont

l’Église catholique peut être considérée comme la plus représentative,

exercent une contrainte de la foi » (Lennhoff-Posner, Dictionnaire

franc-maçon international, Vienne 1975, p. 374). On rejette tout

dogme, au prétexte de la « tolérance absolue ».

Ainsi, le maçon soutient-il le primat et l’autonomie de la raison

par rapport à toute vérité révélée. Il refuse l’idée même d’une

révélation, les religions étant considérées comme des tentatives

concurrentes pour exprimer la vérité sur Dieu qui, en définitive, est

inaccessible, inconnaissable. Chacun juge par lui-même de la vérité, et

est à lui-même sa propre norme. Livrée à elle-même, la raison n’est plus finalisée par la recherche de la Vérité. Elle est à la merci des

idéologies ou des constructions subjectives. « En toute chose, c’est la

raison humaine et la nature humaine qui restent souveraines ». D’où

l’argument, typiquement maçonnique, de « liberté absolue de

conscience ».

Il n’y a donc, selon la FM, aucune connaissance objective de

Dieu, en tant qu’Être personnel. C’est à l’opposé de la conception

chrétienne de Dieu qui se révèle, entre en dialogue avec l’homme, et

de la réponse de l’homme qui s’adresse à lui en le nommant Père et

Seigneur. Le Concile Vatican II l’exprime en ces termes : « Il a plu à

Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire

connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le

Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit-Saint, auprès du Père

et sont rendus participants de la nature divine. Dans cette Révélation

le Dieu invisible s’adresse aux hommes en son immense amour ainsi

qu’à des amis, il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à

partager sa propre vie. » (D.V. 2)

Les dogmes dans l’Église sont des expressions de la foi reçue

des Apôtres. Ils ne sont pas des formulations arbitraires, closes sur

elles-mêmes. Ils sont plutôt des balises qui indiquent le mystère du

Christ, « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Ces « définitions »

de foi nous sont données pour éclairer notre intelligence et rendre

raison de notre foi.

En soutenant le primat et l’autonomie de la raison par rapport à

toute vérité révélée, l’homme prétend se perfectionner sans cesse luimême en s’appuyant sur son pouvoir auto-créateur. Selon la

« philosophie » franc-maçonne, l’homme n’a pas besoin de salut. Or

l’Évangile est l’heureuse annonce du Salut : le chrétien attend et reçoit

le salut de la grâce miséricordieuse de Dieu, en la personne de Jésus

qui est précisément le Sauveur (Jésus = « Dieu sauve »). « C’est bien

par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient

pas de vous, c’est le don de Dieu » (Eph 2, 8).

Sur le plan éthique, les différences sont aussi considérables. Pour

le franc-maçon, les règles morales sont appelées à évoluer sans cesse

sous la pression de l’opinion publique et des progrès de la science. La

morale évolue au gré du consensus des sociétés. S’il est exact que

l’homme se situe toujours dans une société particulière, il faut

toutefois admettre que l’homme ne se définit pas tout entier par cette

culture, qu’il n’est pas le « produit » d’une culture. Il existe en l’homme quelque chose qui transcende les cultures : ce que la foi

chrétienne exprime en affirmant que « l’homme est créé à l’image de

Dieu ».

La franc-maçonnerie conteste ainsi toute autorité morale et

doctrinale, misant sur l’autonomie individuelle, écartant les arguments

d’autorité, et exigeant une absolue liberté de conscience. C’est

finalement le règne du « Moi » ! Et la domination du relativisme…

Les différentes confessions religieuses auxquelles appartiennent les

adhérents sont considérées comme secondaires par rapport à

l’appartenance plus englobante et supra-confessionnelle à la fraternité

maçonnique : ce qui conduit forcément à tout apprécier et juger du

point de vue maçonnique…. sans s’en rendre compte.

L’engagement au sein de la franc-maçonnerie transforme l’acte

de foi chrétien. Il ne peut être neutre : les rites initiatiques dans le

secret des loges produisent inévitablement leurs effets sur les

membres. La revendication de la « liberté absolue de conscience » est

le produit de la « doctrine » relativiste qui s’impose progressivement,

à l’insu même des intéressés. La franc-maçonnerie revendiquant pour

ses membres une adhésion totale, il est évident que la « double

appartenance » est impossible pour un chrétien qui « appartient au

Christ » (Rom 14,8).

La Chancellerie

Diocèse d’Annecy

Références :

- « L’Eglise et la franc-maçonnerie. Déclaration de l’épiscopat allemand »,

La Documentation Catholique, N° 1807 – 3 Mai 1981, p.444-448.

- « Foi chrétienne et franc-maçonnerie ». Osservatore Romano 26.11.83

La Documentation Catholique, N° 1895 – 5 Mai 1985, p. 482-483.

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