Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par christian guittard

6796-patron-1-copie.jpg
03 Mars 2010 Par dijOnscOpe sur www.mediapart.fr

L'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) a remis sonrapport sur la pauvreté au gouvernement jeudi 25 février 2010. S'il souligne que huit millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, sans doute ne compte-t-il pas tous les chefs d'entreprise qui ne touchent plus leur salaire en attendant de voir passer la crise. Étrange peut-être de parler de pauvreté pour ceux que l'on voit parfois en grosse berline ou en 4x4... Et pourtant, nombreux sont ceux qui n'ont plus de quoi payer l'essence pour l'alimenter. Témoignages et analyses...

 

Le pied dans l'engrenage...


"Si être pauvre, c'est vivre avec 60 % des 908€ du revenu médian alors oui, je crois qu'on peut dire que je suis pauvre", reconnaît Etienne*, gérant d'une SARL employant trois personnes. Difficile d'y croire quand on lui demande son salaire officiel : "3.000€". Et pourtant, voilà des mois qu'il n'y touche pas : "Je ne me paye plus pour essayer de sauver mon entreprise... Mais l'État, lui, ne se gêne pas pour continuer à me prendre des charges sur mon salaire". Ne plus se payer et/ou se séparer de certains employés, c'est ce qu'Étienne appelle en être au premier stade de la banqueroute. "L'étape suivante est celle où la société ne peut plus assumer ses charges et doit demander à l'État un moratoire afin d'en étaler leur paiement".


Si après, l'entreprise ne s'en sort toujours pas, cela peut être le début de la fin... L'entrepreneur doit en effet déposer le bilan auprès du tribunal de commerce, qui décide soit de nommer un administrateur, qui tentera d'assainir la gestion de l'entreprise pour en continuer son activité, soit de la liquider. Dans ce dernier cas, l'actif de l'entreprise est vendu aux enchères et servira à rembourser ses créanciers. "Et là, tu te retrouves à poil et tu n'as plus rien. Si en plus tu as eu le malheur de contracter un prêt bancaire, tu vois ton banquier frapper à la porte de chez toi. En effet, de plus en plus de banques demandent des cautions sur tes biens personnels voire pire : la caution solidaire de l'époux ou de l'épouse. Et là, déjà que tu as perdu ton entreprise, tu perds ta maison, ta bagnole... On te saisit tout jusqu'à ce que tu aies remboursé ton prêt. L'ultime cerise sur le gâteau ? La brigade du fisc qui trouve quelque chose de louche dans ton dépôt de bilan et qui te poursuit au pénal alors que tu n'as plus une tune... ".

 

Quand le dépôt de bilan pend au nez


Sans pouvoir toucher d'Assedics durant l'activité de leur société ni même après, les chefs d'entreprise n'ont aucune ressource à part celle de demander le RSA. "On arrive enfin à penser, et c'est très louable, que la pauvreté n'est pas le sort malheureux réservé à des sans-abris, à des sans-papiers, à des retraités fatigués, à des jeunes démobilisés, souligne Guy Gillot, ancien adjoint aux finances de la ville de Dijon. Il y a longtemps que l'économie crée des pauvres mais on n'en parle moins que des riches en profitant avec leurs stock-options. Et pourtant, ils existent ; j'en ai rencontré et j'en rencontre de plus en plus dans le cadre de ma mission auprès de la CGPME de Côte d'Or (syndicat patronal) : répondre présent à tous ceux qui se posent des questions sur leur vie sociale avec leur entreprise très malade. Et puis pendant vingt ans, j'ai été chargé des procédures collectives au tribunal de commerce de Dijon alors je connais le sujet. Aussi, quand j'apprends que les liquidations de biens des entreprises de moins de 3 ou 5 salariés ont augmenté de plus de 60 % en un an, je comprends qu'il y a de nombreux nouveaux pauvres".


Ce coach pour entrepreneurs mal en point précise que le sujet touche tous les corps de métiers : boulanger, menuisier, plombier, chauffagiste, coiffeuse, gérantes de pressing, transporteurs (très nombreux)... Selon lui, les causes de leur désarroi seraient à chercher du côté du manque de formation des TPE/PME, à la faiblesse de l'environnement au titre de conseil, aux mauvaises habitudes de ne pas lever le nez du guidon, à l'incompréhension des administrations (sécurité sociale, fisc..) et aux banquiers qui feraient mal leur métier. "Tous ces gens n'arrivent pas à vendre leur marchandise ou leur prestation ; ou alors un client important leur doit de l'argent et là, c'est l'effet domino...", souligne Guy Gillot.

 

Une mentalité typiquement française...


Le pire ? "Peut-être les licenciés économiques qui montent leur entreprise ou leur commerce grâce à l'indemnité de leur licenciement... J'en ai retrouvé liquidés six mois après parfois, se retrouvant à la rue". Si certains sont fatigués et usés de vains espoirs, d'autres voient leur femme partir ou pire, mettent fin à leurs jours... "Perdre son entreprise, on le vit très mal, forcément, explique Etienne. J'imagine qu'il y a une période de deuil à faire... Et après, pour se retourner, c'est une autre histoire ! Moi je ne suis pas loin d'avoir 50 ans alors postuler à mon âge, c'est déjà compliqué. Ensuite, sur un CV, ça passe très mal d'avoir eu une entreprise qui s'est plantée. En cela, nous sommes totalement différents de la mentalité américaine... Et si jamais j'ai envie de remonter une boîte, ça risque de coincer du côté des banques : en 1990, j'avais déposé le bilan d'une société ; en 2007, une banque a osé me le ressortir... Bref, quand tu as la tête sous l'eau, on fait absolument tout pour te noyer complètement."

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article