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Avant «Le Point» et «Le Monde», un cambriolage à Mediapart

Publié par christian guittard sur 27 Octobre 2010, 12:23pm

Catégories : #information

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Jamais deux sans trois. Deux semaines avant le vol des ordinateurs des journalistes du Monde et du Point en charge du suivi de l'affaire Bettencourt, Mediapart a également été victime d'un cambriolage suspect. Là encore, des ordinateurs portables ont été volés.

Dans la nuit du jeudi 7 au vendredi 8 octobre, un ou plusieurs inconnus se sont introduits, sans laisser de traces d'effraction, dans les locaux de Mediapart, situés passage Brulon dans le XIIe arrondissement de Paris. Le dernier employé, qui a quitté nos locaux à 22 heures le jeudi soir, avait refermé à clef derrière lui. Les vols ont été constatés le lendemain à 8 heures : l'ordinateur portable de la responsable de la communication du site, Yolande Laloum-Davidas, a été dérobé, de même que celui d'un stagiaire affecté au service communication. Les deux appareils étaient posés sur la même table.

 

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Le bureau sur lequel se trouvaient les ordinateurs est mitoyen des bureaux de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme – qui n'avaient pas laissé leurs ordinateurs à la rédaction ce soir-là –, les deux journalistes qui suivent l'affaire Bettencourt sur notre site depuis le départ.

 

Mediapart a déposé plainte dès le vendredi 8 octobre pour vol au commissariat du XIIe arrondissement. Mediapart n'avait pas jugé nécessaire de médiatiser ce cambriolage, qui peut très bien être le fait d'un simple maraudeur, jusqu'à ce que l'on apprenne que les journalistes du Monde et du Point avaient été victimes de vols similaires, dans la soirée du jeudi 21 octobre.

Du coup, d'autres vérifications menées ces dernières heures nous ont permis de découvrir que d'autres éléments avaient disparu. D'abord, un disque dur externe appartenant à Yolande Laloum-Davidas, qu'elle avait laissé dans un tiroir de son bureau, contenant certaines données confidentielles (sur les actionnaires, la capitalisation de la société...) et toutes les archives de Mediapart depuis sa création.

Ce n'est pas tout : ont également disparu les deux cédéroms contenant l'intégralité des enregistrements effectués clandestinement au domicile de Liliane Bettencourt par son ancien majordome et dont la diffusion a lancé l'affaire, le 16 juin. Les cédéroms étaient rangés dans l'un des tiroirs où Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme rangent leurs documents, sous le bureau du premier nommé. Sur la base de ces nouveaux éléments, Mediapart précisera aujourd'hui au commissariat du XIIe les termes de sa plainte du 8 octobre.

Le 21 octobre donc, les locaux de l'hebdomadaire Le Point, dans le XIVe arrondissement de Paris, ont, eux aussi, été «visités» en pleine nuit. Deux ordinateurs ont été dérobés, dont celui du rédacteur en chef Hervé Gattegno, journaliste qui suit l'affaire Bettencourt. La même soirée, le domicile (situé dans le XIe arrondissement de Paris) de Gérard Davet, chargé au Monde du suivi du dossier Bettencourt, était également cambriolé. Seuls l'ordinateur portable et le GPS de l'enquêteur ont été emportés.

La veille, le 20 octobre, Me Georges Kiejman, avocat de Mme Bettencourt, avait publiquement reproché à la juge Isabelle Prévost-Desprez d'organiser des fuites auprès de trois journalistes, citant Gérard Davet et Jacques Follorou du Monde, Hervé Gattegno du Point et les journalistes de Mediapart suivant l'affaire. Point commun de tous ces journalistes: leurs articles ont fortement déplu au pouvoir.

La concomitance de ces trois cambriolages ne peut qu'interroger. Ils s'inscrivent dans un climat très particulier, né de l'affaire Bettencourt. Le Monde a notamment révélé ces dernières semaines qu'à deux reprises, des enquêtes – l'une du contre-espionnage, l'autre du parquet de Nanterre – ont été diligentées afin de découvrir les sources des journalistes du quotidien du soir en les plaçant sous surveillance téléphonique, dans un cadre qui pourrait être illégal. Le journal a porté plainte.

Pourtant, le gouvernement ne voit toujours rien de scandaleux dans cette atteinte flagrante au secret des sources des journalistes, garanti par la loi du 4 janvier 2010 qui stipule qu' «il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi».

Invitée de France Inter jeudi 27 octobre au matin, Michèle Alliot-Marie, manifestement très embarrassée, a soutenu à propos de cette loi de janvier 2010 que «certains (n'en faisaient) pas la même lecture», allant jusqu'à affirmer qu'il s'agissait d'une «loi sur laquelle vous n'avez aucune jurisprudence et il y a donc des interprétations divergentes».

Cette accumulation d'événements, entre cambriolages et espionnage téléphonique, pourrait avoir une explication : la volonté de dissuader tout informateur potentiel de parler à la presse dans les affaires sensibles. DansLibération mercredi, Me Christophe Bigot, avocat spécialiste du droit des médias, explique : «Il faut comprendre une chose : sans secret des sources, pas de source. Et sans source, pas d'informations.» Et Me Bigot de conclure : «Aujourd'hui, toute personne s'adressant à un journaliste qui traite de l'affaire Bettencourt se dit que son numéro peut se retrouver dans une fadette (facturation téléphonique détaillée, NDLR) qui atterrira 

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