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Affaire Takieddine: Sarkozy est impliqué par un haut fonctionnaire

par christian guittard 6 Septembre 2012, 14:12 information

source et suite de l'article www.mediapart.fr par PAR FABRICE ARFI ET KARL LASKE

Dans l’affaire Takieddine, l’ancien président Nicolas Sarkozy a donné, en tant que ministre du budget, et contre l’avis de son administration, un accord écrit au paiement anticipé de commissions occultes, en 1994. C’est l’ultime développement de l’enquête du juge Renaud Van Ruymbeke sur les marchés d’armement signés par le gouvernement Balladur, impliquant une nuée d’intermédiaires aujourd’hui mis en examen.

Cette preuve a été livrée par une femme-clé, haut fonctionnaire de son état, Patricia Laplaud, alors en poste au ministère du budget, entendue le 3 juillet par les policiers. Chargée de superviser le financement des grands contrats d’armement, elle s’était opposée au paiement anticipé des intermédiaires (en jargon technique, un « balourd ») dans le marché Mouette, visant à réhabiliter les frégates françaises vendues à l’Arabie saoudite dans les années 1980.

 

En 1995.En 1995.© Reuters
« Lorsque j’ai vu le balourd de FCE (ndlr - les commissions occultes), c’était un facteur de risque financier pour le contrat et de façon classique nous avons demandé une lettre de couverture pour le contrôleur financier du ministère de la défense, a indiqué Mme Laplaud aux enquêteurs. En raison du balourd et de l’importance du contrat, il nous fallait un accord écrit de notre ministre (ndlr - Nicolas Sarkozy), que nous avons obtenu. Le contrat Mouette était un contrat important. Une note avait été envoyée au cabinet du ministère afin d’obtenir cet accord », a-t-elle ajouté.

 

Alors que le montant du contrat Mouette s’élevait à 3,3 milliards de francs, les versements anticipés de commissions représentaient à eux seuls 210 millions de francs, qui seront effectivement payés au réseau Takieddine, dont 80 millions de francs avant le premier tour de l’élection présidentielle de 1995. Ces versements sont aujourd’hui considérés comme exorbitants et injustifiés, donc illégaux, par le juge Van Ruymbeke.

À l’époque, la fonctionnaire a manifesté le désaccord de son administration à plusieurs reprises, et notamment devant les responsables de l’office d’armement Sofresa. « Mme Laplaud a fait des remarques très vives sur le balourd de FCE qu’elle n’a, dit-elle, accepté que contre un accord de son ministre », relève ainsi un responsable de la Sofresa, José Barbero, dans une note de janvier 1995 saisie par les enquêteurs lors d’une perquisition.

« L’explication que l’on m’a donnée est que les destinataires voulaient avoir leur argent très vite », a déclaré Patricia Laplaud aux policiers en juillet dernier. Des recherches sont aujourd’hui engagées pour obtenir ce feu vert écrit de Nicolas Sarkozy. « Le contrôleur auprès du ministère de la défense en a sans doute conservé une copie », a précisé Mme Laplaud.

L’enjeu est de taille. De fait, l’enquête a montré que dès le mois de juin 1994, quatre mois seulement après la signature du contrat, les commissions Mouette étaient retirées en espèces à Genève par Ziad Takieddine sur des comptes secrets de son associé, Abdulrahman El Assir. Ce dernier, mis en examen le 30 mai, a confirmé avoir mis en place un « mécanisme de mises à disposition » en faveur de Takieddine.

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