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Publié par christian guittard

source de l'article : 12 Juillet 2010 Par 

Voici les treize questions relatives à l'affaire Bettencourt que Mediapart souhaiterait poser au président de la République. Nicolas Sarkozy doit intervenir lundi soir sur France 2, pour la première fois depuis six mois, afin d'essayer d'éteindre l'incendie provoqué par la publication, par Mediapart, des enregistrements clandestins effectués au domicile de l'héritière de L'Oréal puis des déclarations de l'ancienne comptable de la milliardaire.

 

• 1/ Le conflit d'intérêts,

que révèle l'affaire Bettencourt, et dans lequel est pris Eric Woerth, est-il conforme à l'esprit de «la République irréprochable» que vous avez appelé de vos vœux?

Eric Woerth a été trésorier du parti au pouvoir (UMP) et ministre du budget entre 2007 et 2010. Pendant cette même période, la femme du ministre travaillait pour la structure gérant la fortune de la première contribuable française..., laquelle finance à la fois l'UMP et, semble-t-il, les activités politiques personnelles d'Eric Woerth dans l'Oise. 

 

• 2/ Florence Woerth,

l'épouse de M. Woerth, n'a-t-elle pas reconnu elle-même le conflit d'intérêts reproché à son mari?

Eric Woerth a annoncé, le 25 juin, après les premières révélations de Mediapart, la démission de Florence Woerth de ses fonctions au sein de la structure gérant la fortune de Liliane Bettencourt. Dans un article du quotidien Le Monde du 29 juin, Mme Woerth a déclaré: «Je reconnais que j'avais sous-estimé ce conflit d'intérêts.»

 

 3/ Saviez-vous

que votre ancien conseiller pour la justice, Patrick Ouart, renseignait une partie – Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune de Mme Bettencourt – dans le cadre d'une enquête judiciaire?

Il ressort des enregistrements clandestins réalisés chez Liliane Bettencourt et authentifiés par le parquet de Nanterre, que Patrick Ouart, lorsqu'il était le conseiller pour la justice de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, entre mai 2007 et novembre 2009, a informé à l'avance une partie d'une décision judiciaire, confirmée dans les faits deux mois après. En l'occurrence, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, annonce en juillet 2009 à la milliardaire que la plainte pour «abus de faiblesse» déposée par sa fille sera classée sans suite par le procureur de Nanterre le 3 septembre. Ce qui a effectivement été le cas.

 

• 4/ Votre ancien conseiller

justice se serait également vanté de pouvoir influer sur la justice, qu'en pensez-vous?

Les enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt laissent aussi supposer des pressions sur la justice, à l'instar de cette phrase de Patrick Ouart rapportée par le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, s'adressant à cette dernière: «En première instance, on ne peut rien faire de plus mais en cour d'appel, si vous perdez, on connaît très très bien le procureur.»

 

• 5/ Votre ancien conseiller

justice aurait continué à transmettre des informations confidentielles après son départ de l'Elysée, comment l'expliquez-vous?

Toujours d'après les enregistrements réalisés au domicile de Liliane Bettencourt, Patrick Ouart aurait continué après novembre 2009 à informer Patrice de Maistre des avancées judiciaires du dossier Bettencourt, et ce alors qu'il ne travaillait plus à la présidence de la République, mais avait regagné le privé (en l'occurrence le groupe LVMH). 

 

 6/ Trouvez-vous normal

que le bouclier fiscal ait permis de rembourser 30 millions d'euros à Liliane Bettencourt?

En 2008, l'héritière de l'empire L'Oréal a touché 30 millions d'euros de l'Etat au titre du bouclier fiscal. A cette période, la principale contribuable de France disposait pourtant d'au moins deux comptes en Suisse non déclarés d'une valeur de 78 millions d'euros. L'un des objectifs affichés du bouclier fiscal était d'éviter l'évasion fiscale.

 

 7/ Etes-vous directement intervenu

dans la gestion judiciaire de l'affaire Bettencourt/Banier?

Il s'agit de la procédure ouverte à Nanterre pour «abus de faiblesse» à la demande de Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de Liliane, qui soupçonne François-Marie Banier d'avoir profité de la dégradation de l'état de sa mère pour obtenir d'importants avantages financiers. D'après les enregistrements clandestins, Nicolas Sarkozy se serait investi dans ce dossier: il a d'ailleurs recontré deux fois Patrice de Maistre  à l'Elysée, dont une avec Liliane Bettencourt, en novembre 2008, comme l'a récemment révélé Le Nouvel Observateur.

 

• 8/ Vos liens d'amitié

avec le procureur de Nanterre ne jettent-ils pas un doute sur l'impartialité de la justice, dont vous êtes institutionnellement le garant, dans une affaire susceptible de vous mettre en cause ?

Ni Nicolas Sarkozy ni Philippe Courroye ne s'en cachent: les deux hommes s'apprécient depuis longtemps. Une proximité qui n'a pas que des avantages pour le magistrat, étiqueté “sarkozyste”, et donc accusé de ne pas traiter objectivement les dossiers concernant, de près ou de loin, l'actuel chef de l'Etat. La juge de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez, chargée du jugement des affaires financières, a dénoncé cette année dans un livre la frilosité du parquet dans certains dossiers susceptibles de nuire à des proches de M. Sarkozy, dont il faut rappeler que le département des Hauts-de-Seine constitue le bastion.

 

 9/ L'implication particulière

du procureur de Nanterre ne justifie-t-elle pas le dépaysement du dossier?

Premier point: Philippe Courroye est régulièrement cité dans les enregistrements clandestins, Patrice de Maistre s'interrogeant sur sa “fiabilité”. Par ailleurs, il est notoire que le procureur est en guerre ouverte avec la présidente de la XVe chambre du tribunal de Nanterre, Isabelle Prévost-Desprez, chargée de juger l'affaire Bettencourt/Banier. La magistrate menace aujourd'hui de mener des investigations concurrentes à celles du procureur qu'elle soupçonne de vouloir étouffer l'affaire.

 

 10/ Les Bettencourt ont-ils financé

en espèces, via Eric Woerth, votre campagne présidentielle en 2007?

D'après les déclarations réitérées de Claire Thibout, l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt, devant la police judiciaire et à Mediapart, la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 aurait été financée illégalement, par l'entremise de Patrice de Maistre puis d'Eric Woerth, à hauteur de 150.000 euros en espèces provenant des époux Bettencourt. Les propos de Mme Thibout sont contredits par M. de Maistre mais confortés par les livrets de comptes des époux Bettencourt qui témoignent d'importantes et inexplicables sorties en espèces dans les mois précédant la présidentielle de 2007, comme l'a rapporté Marianne le 11 juillet.

 

 11/ Avez-vous déjà perçu

des enveloppes d'argent liquide chez les Bettencourt?

D'après les déclarations de l'ex-comptable Claire Thibout, publiées mardi 6 juin par Mediapart et confirmées par son avocat le matin même, puis partiellement démenties par elle le lendemain devant les policiers, M. Sarkozy ferait partie des personnalités – pour la plupart de droite – ayant bénéficié d'enveloppes en espèces provenant d'André Bettencourt. Après avoir été affirmative devant Mediapart, Mme Thibout a simplement indiqué devant les policiers que c'était «possible».

• 12/ Liliane Bettencourt

vous a-t-elle déjà fait des chèques?

Dans les enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt, il apparaît que cette dernière aurait signé, le 4 mars 2010, un chèque en faveur du président de la République. Aucune explication cohérente de la part de l'UMP ou de l'Elysée n'a pu être livrée quant au montant et à l'ordre de ce chèque. 

 13/ Diffuser les enregistrements

réalisés chez Liliane Bettencourt est-il «fasciste»?

 Xavier Bertrand, secrétaire général du parti du président, l'UMP, a affirmé que la diffusion par Mediapart des écoutes réalisées clandestinement au domicile de Liliane Bettencourt entre 2009 et 2010 s'apparentait à des «méthodes fascistes». Pourtant, le tribunal de Paris, le 1er juillet, a estimé au contraire qu'elle relevait de «la publication d'informations légitimes et intéressant l'intérêt général»

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