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Publié par christian guittard

La Luxure démasquée

Bronzino
Allégorie de la Luxure (Vénus et Cupidon) (vers 1545)

source et suite de l'article www.mediapart.fr par  MARTINE ORANGE

À quatre mois de la présidentielle, Mediapart revisite les moments clés de la présidence Sarkozy. Ou plutôt, les 7 péchés qui auront fait de cette présidence une caricature de tous les travers de la Ve République et de son présidentialisme. 

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Il n'avait pas fallu trois heures après le résultat de l'élection présidentielle pour se rendre compte que quelque chose clochait. Au lieu de rejoindre la foule de ses partisans qui l'attendaient place de la Concorde, Nicolas Sarkozy avait préféré fêter sa victoire présidentielle au Fouquet's. Une trentaine de patrons du CAC 40, de grands banquiers, des grandes fortunes l'attendaient dans ce grand hôtel de luxe des Champs-Élysées, se congratulant de l'arrivée d'une nouvelle ère. Jamais la proximité du pouvoir et de l'argent ne s'était affichée avec autant d'ostentation. 

Avant son élection, l'entourage de Nicolas Sarkozy avait laissé entendre qu'il prendrait quelque temps de repos et de réflexion avant de prendre ses fonctions. La France l'imaginait s'évader dans un lieu retiré et solitaire, pour méditer sur la lourdeur de sa charge et du pouvoir. Les journaux le découvrirent trois jours après au large de Malte, passant des vacances avec avion privé, yacht de luxe et tout le saint-frusquin… 

La rupture était bien en marche, comme l'avait promis Nicolas Sarkozy dans sa campagne. Mais ce n'était pas exactement celle à laquelle avaient pensé les Français. «La droite devrait être décomplexée avec l'argent», avait revendiqué le candidat de l'UMP. Sur ce point, le programme fut totalement respecté. Le régime se laissa emporter par tous les débordements de la richesse, du luxe et de la luxure.

À peine installé, le gouvernement décida de s'attaquer en urgence à tous les carcans qui contraignaient l'économie, brimaient l'esprit entrepreneurial, empêchaient les riches de s'enrichir en rond. Dans la touffeur du mois d'août, les députés furent réunis en assemblée extraordinaire pour légiférer. Il en sortit un texte fondateur des temps nouveaux : la loi Tepa (travail, emploi et pouvoir d'achat). Au nom du «travailler plus pour gagner plus», le slogan présidentiel de la campagne, les salariés eurent le droit de faire des heures supplémentaires, imposables ni pour eux ni pour leur employeur. Ce qui, en temps de chômage massif, eut pour effet d'augmenter un peu plus le nombre de demandeurs d'emploi.

Mais le principal de la loi concernait surtout les riches. Le chef de l'État avait donné comme consigne d'arrêter de les désespérer. Le nouveau gouvernement s'empressa donc de les choyer. Il inventa un mécanisme d'imposition inversée, le bouclier fiscal : plus on était riche, moins on payerait. Et cela allait être vrai aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. Le gouvernement promit que grâce à ce dispositif, des milliers de persécutés fiscaux, qui avaient fui la France, allaient revenir. Cinq ans après , ils ne sont pas cinq cents à être revenus. La France a perdu 70 milliards de recettes fiscales chaque année entretemps.

Dans la foulée, le gouvernement adopta une flopée de lois, libéralisant la grande distribution, permettant le travail le dimanche, supprimant les protections sociales. Les fainéants, les chômeurs, les assistés étaient sommés de se remettre au boulot. Les accidentés du travail devaient désormais passer à la caisse. Il fallait tout de même mettre un terme à cette gabegie sociale.

Au sommet, on n'en finissait plus de faire la fête aux riches. Millionnaires et milliardaires étaient célébrés comme des rois. Après avoir réclamé leur dû, en arrachant des lambeaux de l'État et des biens publics, ils demandaient leur récompense : la grand-croix de la Légion d'honneur devint la marque distinctive de la «patrie reconnaissante». Les convives du Fouquet's furent servis en premier. Les financiers Albert Frère et Paul Desmarais, devenus les heureux propriétaires de GDF par la grâce de Nicolas Sarkozy, le banquier d'affaires Antoine Bernheim, le milliardaire du luxe Bernard Arnault ou plus récemment Marc de la Charrière, vénéré patron de l'agence de notation Fitch, eurent tous le droit à leur cérémonie avec remise de décoration de la main même de Nicolas Sarkozy.

Les autres ne furent pas oubliés. Les Légions d'honneur tombaient comme à gravelotte. Les ministres signaient des demandes de reconnaissance par parapheurs entiers. Pour mieux faire avancer leur cause, quelques-uns découvrirent les bienfaits de certains chemins de traverse. Le Premier Cercle, le club VIP de l'UMP, devint un des endroits les plus prisés de France. Pour une cotisation officielle de 7.500 euros par an, les heureux donateurs avaient le droit de voir en vrai au moins une fois par an Nicolas Sarkozy et entraient dans les petits papiers du régime, breloque à la clé. C'est ainsi que Patrice de Maistre, heureux fondé de pouvoir, chargé de gérer une des plus grandes fortunes de France, eut l'immense privilège de se voir recommander pour la Légion d'honneur par le ministre du Budget, par ailleurs trésorier de l'UMP − mais il y avait malignité à voir un problème dans cette situation, selon le Premier ministre. Pendant ce temps, les dossiers fiscaux gênants étaient vite enterrés. Et le fisc, indulgent, reversait généreusement les millions d'euros de trop-perçus à une poignée de grandes fortunes.

À force de côtoyer les riches et les puissants, Nicolas Sarkozy adopta le même style de vie. Il passa des vacances dans les villas de milliardaires plus ou moins fréquentables au Canada ou au Mexique. Il fit réaménager à grands frais l'avion présidentiel et ne se déplaça plus jamais en province sans une escorte d'au moins 2.000 CRS. L'exemple venant d'en haut, chacun prit ses aises. Les permanents de l'Élysée annexèrent une partie de l'hôtel Bristol, le palace à deux pas du palais présidentiel, pour y tenir leurs grandes et petites réunions, estimant le lieu plus à leur convenance. Une ministre posa en Dior pour la couverture de Paris-Match. Un publiciste depuis quatre générations, érigé

en thuriféraire du régime depuis qu'il avait organisé la rencontre entre le chef de l'État et sa nouvelle épouse, édicta la maxime universelle du sarkozysme : «Si tu n'as pas de Rolex à cinquante ans, tu as râté ta vie.» C'était décidément un drôle de catéchisme !

 

La crise bouscula cela. Momentanément. Pendant quelque temps, tous eurent peur. Et les dorlotés du système encore plus que les autres : ils avaient tant à perdre. N'écoutant que son courage, Nicolas Sarkozy fit de grands discours. Les irresponsables du capitalisme, les paradis fiscaux, les banquiers, les pouvoirs destructeurs de l'argent, tout cela était fini. Puis la peur disparut et tout recommença comme avant. Les salaires mirifiques du CAC 40, les entourloupes financières, les bonus des banquiers connurent de nouvelles avancées.

Pour donner le change, le gouvernement institua la rigueur comme mètre étalon. Désormais, la règle d'or de l'équilibre budgétaire serait sa marque de fabrique. Une soixantaine de taxes avaient déjà été inventées. Le gouvernement en imagina de nouvelles, dont une sur les boissons sucrées. Il veillait sur notre santé. Restait l'épineux problème du bouclier fiscal. Le gouvernement fit mine de l'enterrer. Il promit de le faire disparaître en 2012. En attendant, en contrepartie de cet immense sacrifice consenti par les riches, l'impôt de solidarité sur la fortune était réformé et abaissé. L'État perdait encore 2 milliards d'euros de recettes.

Pendant ce temps, l'État continua de s'appauvrir et de crouler sous les dettes. Les Français furent désignés comme les coupables, pour avoir vécu au-dessus de leurs moyens, aux crochets du pays. À son arrivée, l'endettement de la France était de 900 milliards d'euros. À son départ, il devrait atteindre 1.650 milliards. En un quinquennat, Nicolas Sarkozy a accumulé autant de dettes que ses quatre prédécesseurs réunis.

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