Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par christian guittard



04 Août 2009
Par  
Martine Orange source mediapart.fr
 

Le gouvernement a finalement tranché. A partir du 15 août, les tarifs régulés d'électricité pour les particuliers augmenteront de 1,9% (hors taxes) et ceux pour les industriels de 2,8%. Par rapport aux 20% de hausse sur trois ans réclamés par Pierre Gadonneix, PDG d'EDF, la mesure semble des plus modérées et devrait calmer les inquiétudes.

 

Pourtant, à y regarder de plus près, cette hausse n'est pas si anodine que cela. D'abord, elle installe en douceur l'idée que les prix de l'électricité sont immanquablement voués à augmenter dans les prochaines années. Sans le dire, le gouvernement vient de tirer un trait sur l'accord de service public signé entre l'Etat et EDF en 2005. Celui-ci prévoit que la hausse des tarifs au moins jusqu'en 2010 ne peut être supérieure à l'inflation. Si on s'en tient au texte, celle n'aurait donc pas dû dépasser 0,4%, qui est le taux de l'inflation depuis le début de l'année.

 

Pour justifier cette entorse, le gouvernement avance deux arguments. D'abord, le contrat de service public est flou car il ne donne pas la période sur laquelle il faut prendre en compte le taux d'inflation. En 2008, fait-il valoir, les prix de l'électricité ont augmenté de 2% seulement, alors que l'inflation était de 3,6%. Il y a donc un effet de rattrapage.

 

De plus, cette augmentation est justifiée par la nécessité de moderniser les réseaux de distribution. Le besoin d'investissement dans les réseaux est réel. Pendant des années, ils ont été totalement délaissés. La hausse décrétée par le gouvernement est loin d'être suffisante pour permettre leur remise à niveau. Le gouvernement le sait.

 

Mais l'essentiel n'est pas là. Nous sommes entrés désormais dans l'univers des prix politiques, qui doivent peu à peu nous acclimater à perdre toutes les habitudes passées. Plus de contrat de service public, plus de partage. En attendant la grande plongée dans les prix de marché, toute indexation, mode de calcul économique disparaît: le gouvernement décide seul en fonction de considérations politiques et économiques dont lui seul a la recette.

 

Depuis début juillet, il a ainsi décrété une vague de révision de tarifs publics qui ne s'appuie sur aucun référent. Mais tout va dans le même sens: jamais en faveur des usagers et des consommateurs. La SNCFa ainsi été autorisée à augmenter ses prix de 3,4%. Une hausse bien supérieure à l'inflation, justifiée à nouveau par le besoin de modernisation des réseaux de transports. Cette hausse ne s'applique cependant qu'aux TER et aux trains Corail, qui connaissent un regain d'affluence ces derniers mois: les voyageurs délaissant, quand ils peuvent, les TGV aux tarifs jugés prohibitifs.

 

De même, la RATP et les transports d'Ile de France ont pu augmenter le prix du billet de 2%. Là encore, les besoins de modernisation sont avancés pour expliquer la hausse.
 

 

Les cours du gaz baissent, pas les tarifs

En revanche, le gouvernement s'est bien gardé en juillet de réviser les prix régulés du gaz. Ceux-ci ont diminué mais à partir d'avril seulement de 11,3% pour les particuliers, alors qu'ils avaient baissé de 20% dès janvier pour les industriels. Compte tenu de l'évolution des prix du gaz, ils auraient dû continuer à baisser.

 

Dans son dernier communiqué de résultat, Total fait état d'une baisse du prix moyen du gaz de 35% par rapport au premier semestre de 2008, à 4,71 dollars par Mbtu. Même si la chute des prix est enregistrée avec retard dans les contrats long terme –qui forment l'essentiel des approvisionnements de GDF– depuis un an, les effets ont fini par être répercutés dans le coût des approvisionnements. D'autant qu'à l'inverse, GDF n'avait pas pris de retard pour répercuter la hausse.

 

Mais cette fois-ci, les consommateurs de gaz ne verront pas la baisse. GDF-Suez, qui détient un quasi-monopole sur la distribution gazière en France a plaidé pour un maintien des tarifs à leur niveau, avec l'argumentaire suivant: il ne fallait pas baisser les prix cet été, car le gouvernement risquait de devoir être obligé de les augmenter à l'automne. D'autant, argue le groupe, que les prix de vente en France, bien qu'ils soient dans la moyenne européenne, sont inférieurs au coût de revient réel. Voulant éviter une polémique inutile, le gouvernement s'est rangé donc à l'avis de GDF-Suez. L'ennui est que la hausse prédite n'est pas advenue: depuis juillet, les cours du gaz ont continué à baisser et il se négocie à moins de 4 dollars le Mbtu. Mais dans ce cas-là, le marché n'est pas jugé une référence pertinente.

 

Pour le livret A, à l'inverse, la mise en conformité avec les marchés semble tout à fait souhaitable, aux yeux du gouvernement. Alors que pendant des années, le taux du livret A n'avait pas été modifié, les gouvernements successifs jugeant que son utilisation réservée au financement du logement social devait être déconnecté des marchés financiers, celui-ci désormais suit de près les mouvements du marché interbancaire. Au 1er août, son taux a donc été abaissé à 1,25%. Et encore, c'est un cadeau fait aux épargnants, a insisté la ministre des finances, Christine Lagarde. Car si le gouvernement avait suivi les modes de calculs retenus pour fixer son taux, celui-ci n'aurait été que 0, 25% .

 

A 1, 25%, celui-ci est toutefois est le taux historiquement le plus bas servi aux épargnants depuis la création du Livret A en 1820. Tous les autres produits d'épargne distribués par les banques, mais qui profitent rarement aux plus petits épargnants, offrent des rendements plus intéressants: de 1,75 à 3,5% pour des livrets d'épargne court terme. Les conséquences sont assez prévisibles: dans les prochains mois, la Caisse des dépôts annoncera de nouvelles baisses des collectes pour le financement du logement social.

 

Ces différentes mesures finissent par donner un tableau assez précis de l'évolution à venir. En dépit de la récession et de la montée du chômage, tous les services publics et les charges de la vie quotidienne augmentent au-delà de l'inflation. En revanche, le gouvernement, au nom de la baisse de l'inflation et de la compétitivité des entreprises, a décidé de ne donner aucun coup de pouce au SMIC, qui a progressé de 1,3% au 1er juillet. Les salariés de la fonction publique ont vu leur salaire revaloriser de 0, 5%. Quant aux allocations familiales ou les minima sociaux comme l'allocation équivalent retraite, ils sont restés inchangés.

 

L'addition de tout cela est assez facile à faire: pour l'essentiel des ménages français, cela revient à une baisse du pouvoir d'achat.

 

 

 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article