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Publié par christian guittard





  • 14 Juillet 2009
    Par www.mediapart.fr source de l'article 



    A l'heure où cet article était mis en ligne, l'exilé fiscal Johnny, ami de Nicolas Sarkozy, de Xavier Bertrand et de Jean-Pierre Raffarin, se chauffait la voix pour un concert sponsorisé par l'Etat et offert au peuple parisien massé près la tour Eiffel (entre 700.000 et 900.000 personnes ont finalement été présentes), et à la nation entière (pour ceux qui ont choisi d'écouter RTL qui le retransmettait en direct).

     

     

    Le feu d'artifice a été aussi impressionnant que la garden-party fut modeste cette année... Il s'agissait de souligner l'aptitude du chef de l'Etat à se mettre au diapason d'une situation économique catastrophique. Fût-elle nationale, la fête est restée sobre. Johnny Halliday en point d'orgue d'une journée dévolue au président, il n'y a là rien que de très normal tant la star nationale a associé son nom et son image à celle de Nicolas Sarkozy ces dernières années.

     

     

     

    Au même moment, le chef de l'Etat était sur France 2 dans une émission de Michel Drucker que l'on peut sans crainte qualifier de militariste. Il suffit pour s'en persuader de lire la fiche programme sur le site de la chaîne publique: 
    « Michel Drucker, entouré de nombreux invités, artistes et témoins militaires ou civils, met à l'honneur celles et ceux qui portent les armes de la France. Ils témoignent de leur engagement en France mais aussi sur les théâtres d'opérations à l'étranger. Michel Drucker interviewe également le Président de la République et chef d'état major des Armées, Nicolas Sarkozy. Au sommaire: «Gérard Darmon à Kaboul»: Reportage au cœur de la base militaire française de Kaboul. «Bixente Lizarazu à Bayonne»: A la découverte des forces spéciales, l'unité d'élite de l'Armée de Terre. «Liane Foly au CENZUB». «Nâdiya avec les casques bleus au Liban». «Arielle Dombasle au Tchad». «Michel Drucker à Calvi».

    On l'a compris, en ce jour de parade virile, le plus populaire des animateurs met sa personne au service d'une double cause: la grande muette et le grand bavard. Parce que loin de se distinguer de ses prédécesseurs (comme il l'avait promis) en supprimant le traditionnel et quelque peu compassé entretien du 14 Juillet, l'actuel locataire de l'Elysée s'est au contraire multiplié. Fromage et déssert. On l'aura eu deux fois, ajouté aux reportages sur sa présence au défilé sur les Champs et à la réception de l'Elysée.

     

    Deux émissions, il faut le souligner, enregistrées à l'avance pour prévenir tous les risques du direct. La veille, sur France 5, par un portrait et une demi-heure de questions-réponses sur la politique internationale avec deux confrères de la télévision, Christian Malard et Bernard Vaillot, dans le cadre de l'émission «A visage découvert». Et donc ce 14 Juillet avec l'animateur vedette de la télévision (et de la radio, puisque Michel Drucker vient de renouveler son contrat avec Lagardère et sera sur Europe1 tous les matins à partir de septembre).

     

    Bien entendu, des fuites ont eu lieu. Ce soir de 14 Juillet, Nicolas Sarkozy y saluera le travail «absolument formidable» de l'armée française. «Les Français doivent savoir qu'ils sont en sécurité parce que nous avons une des meilleures armées du monde», expliquera-t-il sur un ton martial. «Je dis aux Français qu'ils peuvent être fiers de leur armée: elle est professionnelle, compétente, dévouée.»

     

  •  

    La télévision (toujours le service public), mais ce matin, a retransmis l'impeccable défilé et un Nicolas Sarkozy en chef des armées davantage encore que les années précédentes. Pour ceux qui n'auraient pas compris le message, ils auront le décryptage ce soir. Nicolas Sarkozy que l'on sait en froid avec la hiérarchie militaire depuis sa prise de fonction – il y a juste un an, il qualifiait«d'amateurs» des troupes d'élite du 3e RPIMA après le drame de Carcassonne où dix-sept civils avaient été blessés – ne lésine pas sur la brosse à reluire pour renouer avec l'institution. Adressant un«message de confiance» à l'armée, il répétera ce qu'il avait dit en marge du défilé à savoir qu'elle «fait un travail absolument remarquable».

    Le matin, en marge du défilé, les communicants faisaient savoir que la chorale d'enfants de l'association "L'orchestre à l'école" qui s'époumonaient sur La Marseillaise, avait reçu un don de Carla Bruni-Sarkozy par l'intermédiaire de sa fondation. Rien n'est jamais laissé au hasard.

     

    Homme de paix (au G8 la semaine dernière), homme d'arme et homme à la stature internationale. Ainsi la veille, le portrait de l'émission sur France 5. Le site de chaîne publie l'interview d'un des deux journalistes. Nous ne résistons à retranscrire ici une partie des réponses de Christian Malar.
    «Ce président est un homme de son temps, il n'appartient pas à la même génération que ses prédécesseurs. Dans l'émission, il n'est pas seul à s'exprimer. Des amis d'enfance, tel Serge Danlos, et des proches, comme Brice Hortefeux, témoignent, racontent le personnage tel qu'il a été. Nous avons également rencontré certains de ses homologues : Angela Merkel, Tony Blair, Gordon Brown, Bachar el-Assad, Hosni Moubarak... » Le panel appelle une description sans demi-teinte. On interroge alors le journaliste: «Ces confidences de chefs d'Etat sont-elles très spontanées?» Et la réponse vaut là encore son pesant de crème à reluire: «Oui. Angela Merkel, par exemple, raconte l'anecdote d'un échange au cours duquel Sarkozy lui confie qu'il la trouve un peu lente. Ce à quoi elle a répondu qu'elle le trouvait trop rapide. Leurs relations ne sont pas du tout exécrables, contrairement à ce que l'on a pu dire. Angela Merkel en est même arrivée à la conclusion que les extrêmes s'attirent. Tous ceux que nous avons rencontrés sont frappés par la vivacité et la détermination du personnage.»

     

    C'est quoi un système politique? C'est ça: un chanteur, un défilé, deux émissions enregistrées à la gloire du Prince, des petites confidences, mais ce n'est pas suffisant. Il faut encore du personnel. Devant une telle séquence politique, TF1, la chaîne privée, ne pouvait pas être en reste. Elle a donc invité Claude Guéant à son journal télévisé. Et qu'a dit le secrétaire général de l'Elysée sur le ton de la confidence? Ceci: «Il n'a sans doute pas arrêté sa décision, mais si vous voulez mon sentiment, personnellement je souhaite très vivement qu'il se représente.»

     

    Le 7 juillet devant les élus de l'UMP, le président avait été beaucoup plus direct en leur déclarant que, «au pire, au mieux, vous vous dites que vous en avez encore pour sept ans et demi maximum avec moi!». Voilà que, par petites touches, une dimension de petit père de la nation avec l'armée réconciliée, l'unité nationale reforgée par le prochain grand emprunt, un nouveau personnage apparaît. Ce n'est plus le même. Nicolas Sarkozy a changé, il le disait lui-même dans Le Nouvel Observateur.

     

    L'opération 2012 nécessitera un léger lifting. L'autre conseiller parmi les plus influents, sa plume, Henri Guaino, dans un entretien au Parisien a lui aussi entonné l'air du changement. C'était le 13 juillet au matin, au début de l'offensive. Le journal l'interroge:«Comment se traduit chez lui ce changement?» et la réponse montre bien que tout avait été calculé, et le défilé et les témoignages de satisfaction en direction de l'armée. Là aussi la réponse vaut son pesant de slogan publicitaire. «Davantage de gravité et un plus grand souci de rassembler…»

  •  

    Après la séquence militaire, la séquence émotion. Ce sera pour le week-end prochain, selon Le Monde, Nicolas Sarkozy se mettra dans les pas de sa femme pour aller à New York célébrer l'anniversaire de Nelson Mandela. De bien belles photos là encore.

     

    Des photos, des histoires, un chanteur de rock, quelques notes militaires, de belles paroles, quelques slogans vantant la nouveauté, mais il faut aussi du fond. Et c'est là que le système montre toute sa force.
    Devant les élus UMP le 7 juillet: 
    «Quand on s'ouvre à d'autres, on se fait du bien à nous, a-t-il assuré. Je sais que ça vous gêne mais, moi, je dois vous mener à la victoire. Toute la stratégie de l'ouverture est là. Ça ne fait pas gagner une seule voix, mais elle démobilise l'adversaire.» Nicolas Sarkozy est à la manœuvre. La gauche est prévenue. «On a bouffé la crédibilité de la gauche sur l'écologie, sur la culture, sur l'ouverture

     

    L'ouverture va continuer. Probablement avant la fin du mois par un remaniement de quatre ou cinq secrétaires d'Etat ou nouveaux commissaires. C'est lui qui décidera du moment en fonction des prises et de son calendrier.
    Mais un système, ce n'est pas qu'un jeu politicien. Lundi, un des visiteurs de Claude Guéant à l'Elysée ressortait de son bureau persuadé que la seul chose qui intéresse le secrétaire général c'est
    «la réforme des collectivités et la réduction de moitié du nombre des élus et donc la manière de faire passer le texte avec un Sénat très hostile». Le système peaufine son appareil. Pour gagner les régionales et dans la foulée la prochaine présidentielle, le pouvoir sait qu'il doit veiller à ne pas décourager le tissu des cadres intermédiaires de la droite, tout en égratignant le camp d'en face. Là encore, c'est lui qui a la main.

     

    Alors que la cote de popularité du chef de l'Etat est au plus bas, que 55% des Français (sondage CSA pour Marianne) ne veulent pas qu'il se représente, que les caisses sont vides, que le chômage va s'envoler à partir de septembre, cette séquence politique du 14 juillet 2009 aura montré le rouleau compresseur sarkozyste dans toute sa splendeur. Un système, au-delà des contingences et des vrais rapports de force dans le pays. Un système dans lequel l'activité économique, sociale ou culture n'a plus grand-chose à voir avec ce qui est montré.

     

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