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Publié par christian guittard



Depuis quelques semaines déjà, les médias nous abreuvent au jour le jour des divers événements de la plus récente crise sino-tibétaine. Toutefois, peu nous informent des pourquoi de cette crise. Dans les faits, les tensions entre les deux opposants durent depuis déjà plus de 50 ans.

«Dans la tête des fonctionnaires chinois, le Tibet appartient à la Chine depuis 1720. Dans celle de monsieur et madame tout le monde, c’est depuis 1950», explique Serge Granger, professeur associé du Département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et spécialiste des questions asiatiques. La question de l’indépendance du Tibet ou de son appartenance à la Chine n’a toutefois été que très peu soulevée avant le milieu du siècle dernier: «Jusque-là, les relations entre les deux étaient plutôt cordiales», précise M. Granger.

Arrivée du régime communiste
La République populaire de Chine (RPC) est proclamée par Mao Zedong le 1er octobre 1949. M. Granger poursuit: «L’année suivante, la RPC envoie quelques bataillons à Lhassa, la capitale du Tibet. Il s’agissait là davantage d’émissaires chargés d’entrer en dialogue avec les autorités tibétaines et de spécifier que le territoire était maintenant sous la protection du régime communiste.»

De ces négociations est né l’Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet. Selon M. Granger, «la Chine considérait qu’elle devait libérer le Tibet du féodalisme. Le Tibet de l’époque vivait en effet comme au Moyen-Âge: il y avait 25 % d’esclaves dans leur société, les membres d’ordres religieux avaient des droits dont ne pouvait se prévaloir le commun des mortels. Mais les Tibétains n’ont jamais demandé de changement à cet ordre des choses.»

L’Accord aura donc eu comme but d’améliorer le niveau de vie des Tibétains, mais aussi de préciser dans quelle mesure le gouvernement de cette région sera autonome et de préserver la culture tibétaine. Le document a été signé par l’actuel Dalaï Lama le 23 mai 1951, mais bien vite, la Chine se met à en violer certains points: «On a commencé à fermer des temples bouddhistes dans certaines provinces connexes au Tibet, on a mis en place des politiques d’assimilation, explique M. Granger. Il commence à y avoir quelques troubles au milieu des années 50, mais sans armée, le Dalaï Lama n’a aucun outil pour répliquer et aucun pays n’a le désir de se mettre la Chine à dos.»

Face à une contestation montante qui tourne à la révolte ouverte en mars 1959, la Chine envahit militairement le Tibet, ce qui force le Dalaï Lama à s’exiler en Inde, où il réside depuis. C’est de là qu’il reniera l’Accord en 17 points en juin de la même année, précisant qu’il a dû le signer sous contrainte.

S’ensuivent des années de misère pour le peuple tibétain: «Les années les plus désastreuses pour le Tibet sont les années 60, celles de la Révolution culturelle, où on a tenté, par la force, de convertir la région au Petit livre rouge de Mao et où l’on a mis en place des politiques agricoles complètement loufoques qui ont amené beaucoup de famines. La pensée colonialiste chinoise était complètement obnubilée par la pensée que l’homme pouvait littéralement transformer la nature ou, dans ce cas-ci, déplacer des montagnes », termine M. Granger. La situation ne se calmera que dans les années 80, alors que la Chine adopte des politiques plus libérales en rendant le pouvoir religieux aux Tibétains et en restaurant une partie du patrimoine culturel du peuple.

Situation actuelle
«Le comment du début de la situation actuelle n’est pas très clair, nous dit M. Granger. Les deux camps s’accusent mutuellement, mais il est clair que les politiques de colonisation chinoises y sont pour beaucoup. Les seuls possesseurs du capital d’investissement au Tibet sont présentement les Chinois. Les infrastructures touristiques sont construites par eux et c’est eux qui en récoltent la manne. Or, plusieurs Tibétains aimeraient également en profiter.»

Toutefois, la chose n’est pas nécessairement évidente. Tout d’abord parce que les cultures tibétaines et chinoises sont très différentes. L’écriture, la religion, la langue ne sont pas les mêmes. «Un Tibétain qui veut, par exemple, s’ouvrir un hôtel devra apprendre le chinois. Les formulaires sont en chinois, les rapports d’impôts doivent être remplis en chinois, explique M. Granger. De plus, la population d’origine tibétaine est davantage une population rurale. Or, l’agriculture du Tibet, qui est essentiellement une région montagneuse, est tout juste autarcique et ne permet pas aux Tibétains de s’enrichir.»

Ce n’est toutefois pas la seule cause pour laquelle les Tibétains s’opposent aux Chinois: «Il y a présentement trois groupes distincts chez les Tibétains: le premier est le groupe traditionnel, qui veut se préserver de la modernité et qui tient à la culture tibétaine. Il y a ensuite les modernistes, qui veulent élire le Dalaï Lama au suffrage universel. Puis il y a finalement les purs et durs qui prônent l’indépendance tibétaine et qui fantasment
d’avoir leur pays. Je ne veux pas être rabat-joie, mais l’indépendance tibétaine n’est pas une chose possible en ce moment», conclut M. Granger.

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