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Publié par christian guittard

11 fév 2009 Par www.mediapart.fr source et suite de l'article

Philippe Riès


Les grandes crises peuvent faire des miracles. Par exemple, conduire un banquier central à abandonner la langue de bois et admettre que le dogme et ses grands prêtres ont failli. Dire «qu'il y a de bonnes raisons pour éviter les bulles spéculatives même si cela doit avoir un coût pour l'économie réelle» tenait encore tout récemment du blasphème. Ajouter que «la charge de la preuve incombait à ceux qui pensaient que quelque chose n'allait pas» et que désormais il faudrait à l'inverse «s'occuper d'une bulle potentielle à moins qu'il ne soit démontré que c'est injustifié» reste, jusqu'à nouvel ordre, le comble de l'hérésie pour le président de la BCE Jean-Claude Trichet et ses pairs. D'ailleurs quand ces propos iconoclastes ont été tenus tout récemment devant un parterre d'économistes réunis à Paris, l'un d'eux a jugé que cela «ferait bondir Alan Greenspan et Ben Bernanke».

L'imprécateur, c'est Jean-Pierre Landau, second sous-gouverneur de la Banque de France, en charge notamment des travaux sur la régulation financière menés aussi bien au Comité de Bâle qu'auForum de stabilité financière ou encore avec le Groupe des Trente. Et le dogme, établi par l'ancien patron de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan, était que les banques centrales ne sont pas qualifiées pour identifier les bulles spéculatives, ne doivent pas tenter de les faire éclater préventivement et ont pour seule fonction de réparer les dégâts, en injectant massivement des liquidités une fois que le soufflé s'est effondré sur lui-même.


 

Devant le coût que la crise actuelle impose aux populations et aux contribuables, cette attitude traditionnelle est devenue intenable, a estimé M. Landau. «Le mandat doit consister à argumenter que des bulles peuvent se produire. Et il doit y avoir un lieu dans le système où des gens veillent sur la situation.» Le responsable de la Banque de France reconnaît qu'on avance là «en territoire inconnu».«Prévenir les bulles est un énorme défi», admet-il. Elles sont difficiles à repérer, ne serait-ce que parce qu'il n'y a pas de régularité dans le déroulement du cycle économique.

 Comment distinguer à coup sûr un haut de cycle d'un changement dans la tendance fondamentale qui caractérise une bulle? D'ailleurs, reconnaît le responsable de la Banque de France, «les dispositifs d'alerte avancés n'ont pas fonctionné». La réflexion critique ne s'arrête pas là. «Le risque systémique a changé de nature en raison de l'apparition de nouveaux mécanismes de transmission» des chocs monétaires, analyse Jean-Pierre Landau. «Nous n'étions pas en mesure d'anticiper l'ampleur des chocs sur la liquidité» qui ont provoqué le gel des marchés interbancaires. «Il y a beaucoup de choses que nous avons tenues pour acquises», poursuit-il. Ainsi, la vision conventionnelle voulait-elle que «les banques se portent en avant si la liquidité était asséchée». Or, «c'est l'inverse qui s'est produit. Les banques ont thésaurisé la liquidité». Avec des effets dévastateurs sur l'économie réelle.

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