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Publié par christian guittard



Source et suite de l'article www.mediapart.fr  08 nov 2008Par Michaël Hajdenberg

La photo est saisissante. 40 visages, des milliers de cheveux grisonnants, une moyenne d'âge de 55 ans, six femmes, mais des «minorités visibles» invisibles. Ces 40 maires sont pourtant censés représenter les 40 communes du département de Seine-Saint-Denis. Certes, représentation ne signifie pas représentativité. Mais quand même. Lors du recensement de 1999, sur 1,38 million d'habitants dans le département, on dénombrait 260.000 étrangers (dont plus de 40.000 nés en France) et plus de 126.000 Français par acquisition. Le département compte aussi plus de 42.000 Domiens d'origine, un chiffre sans équivalent en France métropolitaine.


Les maires de Seine-Saint-Denis

 

 

 

Le département compte 12 maires PS, 10 PCF, 10 UMP, 3 Nouveau Centre, 2 Divers Gauche, 2 Verts, 1 Modem (les couleurs sur la carte ne servent qu'à mieux distinguer les communes)

 

 

Patrick Lozes, du CRAN (Conseil représentatif des associations noires), estime qu'environ 30% des quelque 1,4 million d'habitants du département sont noirs, d'origine maghrébine ou des DOM-TOM. Dans certaines villes, comme Saint-Denis, la proportion tournerait même autour des 50%. Un grand nombre de ces familles sont installées dans le 93 depuis plusieurs décennies. Et pourtant, les postes politiques à responsabilité continuent de leur échapper. Alors que l'ensemble des médias s'interroge sur un futur et bien hypothétique Obama français, force est de constater que la diversité est absente dès le premier barreau de l'échelle politique française. Comment l'expliquer?

 

 

 

 

Pour Gérard Noiriel, historien de l'immigration, il faut faire attention aux comparaisons avec les Etats-Unis. «Les contextes nationaux diffèrent grandement d'un pays à l'autre. La présence d'une forte population noire dans l'Hexagone est récente. Les personnes que l'on regroupe sous l'étiquette "minorité visible", «"diversité", etc., sont dans la plupart des cas issues des dernières vagues d'immigration. La raison fondamentale qui explique la sous-représentation politique des citoyens classés dans la rubrique"diversité" tient au fait qu'ils cumulent les handicaps: issus de l'immigration ET des fractions les plus pauvres des classes populaires. Ce facteur social est d'importance: parmi les maires du 93, il n'y a pas non plus d'enfants d'immigrants portugais.»

 

Gérard Noiriel poursuit la comparaison historique: «Dans la cité minière d'Ostricourt, au début des années 1960, soit 40 ans après l'arrivée des premières familles polonaises, aucun de leurs enfants ou petits-enfants ne faisait partie du conseil municipal. Or les études montrent que la proportion des élus issus du monde ouvrier est beaucoup plus faible aujourd'hui que dans les années 1950-60. C'est un phénomène général, qui ne concerne pas seulement les gens issus de l'immigration. Il faut faire attention et accorder une grande importance à la construction des représentations publiques car, selon que vous définissez une personne comme un "immigré" ou comme un "ouvrier", vous créez des possibilités d'identification différentes.»

 

 

 

Céline Braconier, qui a enquêté pendant cinq ans sur la démobilisation électorale à Saint-Denis, met elle aussi en garde contre «l'ethnicisation du social». Et Gérard Noiriel n'est pas le seul à recourir au passé pour relativiser le rejet dont sont victimes les minorités actuelles dans le monde politique. Emmanuel Bellanger, historien ayant longuement travaillé sur le département, analyse: «Les fils d'Espagnols et d'Italiens ont longtemps été ultra-minoritaires dans les instances municipales et au conseil général alors qu'ils contribuaient à construire la banlieue rouge avec un fort attachement militant. Les appareils politiques mettent du temps à promouvoir les enfants d'immigrés et la figure du maire est une figure patriarcale qui explique en partie le fait que la fonction soit peu ouverte. La génération des Bartolone, Asensi, Salvator, a mis plusieurs décennies à décrocher des postes à haute responsabilité.»

 

Jacques Salvator, maire d'Aubervilliers d'origine italienne, sans nier les difficultés, juge que les choses progressent, et même«progressent vite. Il faut se rappeler que, pour nous aussi, ça a été long». Mais François Asensi, député-maire de Tremblay-en-France, d'origine espagnole, tempère: «Les Espagnols, les Italiens, les Polonais sont de culture judéo-chrétienne. Or en France, on a du mal à accepter d'autres racines cultuelles, comme les musulmans.»

 

Une différence reprise à son compte par Claude Bartolone, président du Conseil général du 93, au père italien et à la mère d'origine maltaise: «Nos parents aussi ont ressenti la discrimination. Mais la grande différence, c'est que nous n'avons pas eu la guerre d'Algérie qui a laissé des traces très fortes. Par ailleurs, les enfants d'immigrés italiens n'avaient pas la même appétence pour la chose politique que les jeunes des minorités visibles d'aujourd'hui.»

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