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Publié par christian guittard

suite et source de l'artilcle  12 oct 2008Par 


La crise financière "Made in America" aurait dû être le moment de l'Europe. Mais du cavalier seul irlandais à la triste cacophonie franco-allemande, l'Union européenne affronte la crise financière en ordre dispersé. Ce choc exogène massif, puisque la crise est une exportation américaine, trouve l'UE, et en son sein la zone euro, mal préparée. Jacques Delors s'était peu exprimé jusqu'à présent sur le tsunami financier qui a fini par atteindre les rives du Vieux Continent. Au terme d'une semaine folle qui a mis à bas les dogmes comme les indices boursiers, il l'a fait en exclusivité pour Médiapart.

 

«La construction européenne n'est pour rien ni dans le déclenchement de cette crise financière, ni dans son aggravation. Cette crise vient d'ailleurs. Mais l'Union européenne doit en tirer les enseignements», affirme d'emblée l'ancien président de la Commission européenne. Cela va sans dire, mais mieux encore en le disant à l'intention de ceux qui céderaient à la facilité de désigner l'Europe comme bouc émissaire. Sur le plan des idées tout d'abord, la crise marque «la défaite politique et idéologique des fondamentalistes du marché, ceux qui disaient que le marché était tellement sage qu'il procéderait lui à même à toutes les autorégulations. Mais ce n'est pour autant le triomphe des critiques absolues de l'économie de marché. Les marchés ne peuvent pas fonctionner sans des règles et la complication vient de ce que le monde étant globalisé, une partie de ces règles devra être définie et appliquée au niveau mondial».

 

«En second lieu, il y a une leçon philosophique: tout pouvoir laissé à sa propre expression en abuse. C'est vrai sur le plan politique et c'est vrai aussi sur le plan économique. Et sans vouloir être méchant, je pense à tous ceux qui, du haut de leur Himalaya de certitudes, critiquaient les économies mixtes, l'intervention de l'Etat et l'existence de règles parce qu'elles feraient, soi-disant, plus de mal que de bien». Et de s'étonner que«ces individus manifestent toujours la même morgue», comme ces banquiers qui appellent l'Etat à l'aide mais pensent déjà récupérer leur mise, quand cela ira mieux.«C'est la mutualisation des pertes et l'individualisation des profits. Il faut le rappeler», même si cela a déjà été dit.

 

Pour Jacques Delors, «la situation créée par la crise va avoir deux conséquences graves. Sur le plan politique, en nourrissant les populismes et les nationalismes, alors que l'an prochain, les Européens doivent élire leur Parlement. C'est un gros sujet d'inquiétude. D'autre part, les conséquences vont être encore plus dramatiques pour les pays pauvres que pour les pays riches ou émergents. Ce devrait être l'occasion d'un sursaut de conscience au niveau mondial et peut-être un moyen de précipiter des solutions mondiales».

 

Mais d'abord, s'agissant de l'Union européenne, «la crise est d'une telle gravité que l'on peut espérer que l'événement va provoquer un sursaut d'imagination et d'esprit européen. C'est la thèse de ceux qui disent que l'Europe s'est toujours construite sous la contrainte et sous le poids de la nécessité. On peut en effet espérer que la contrainte étant extrêmement forte, certains pays qui peuvent exercer un rôle d'entraînement ne vont pas se contenter de regarder leurs prochaines échéances électorales ou l'état de leur opinion publique et vont prendre des initiatives audacieuses qui changent le climat».

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