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Publié par christian guittard

25 sep 2008Par  Mathieu Magnaudeix www.mediapart.fr (suite et source de l'article)«Savoir, savoir-faire, savoir-être.» Compétences, expérience, traits de caractère. Sur un paperboard déglingué, la formatrice écrit ces mots magiques, censés offrir à la quinzaine de jeunes diplômés présents le sésame vers la connaissance de soi, et donc vers l’emploi.

 

 Régulièrement, l’antenne nancéienne de l’Association pour la formation et l’insertion professionnelle des jeunes diplômés (AFIJ) organise de telles sessions gratuites d’une journée, où des Bac + 2, +3, + 5 en recherche d’emploi sont invités à dresser sur une feuille leurs points forts et leurs points faibles.

 Ensuite, ils seront invités à réécrire leur CV ou à préciser leur recherche. Et peut-être, à se réorienter. A l’AFIJ, les rêves de réussite des anciens brillants étudiants en histoire, en sociologie ou en environnement viennent souvent se fracasser sur le mur de la réalité du marché de l’emploi. Dur. Surtout en Lorraine, où le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est de 19,5% – à peu près la moyenne nationale, plutôt élevée par rapport à nos voisins européens.

 Autour de la table, elles ont l’air de s’ennuyer ferme, ces têtes bien pleines. Souvent, ils ont plus de 25 ans et "la chance" d’avoir accès au RMI. C’est le cas d’Hugo Denise, 28 ans, qui cherche quelque chose dans «le transfert de chaleur, la thermodynamique, la mécanique des fluides», mais a traîné en route ces derniers mois, consacrant ses journées au militantisme à la Ligue communiste révolutionnaire. D’Odette Santos, 30 ans, qui a calé en Master II d’ethnographie et enchaîne depuis un an les contrats de surveillante à mi-temps : 500 euros par mois.

Faux étudiants, vrais pauvres

 Les plus jeunes, eux, sont parfois dans une situation d’urgence réelle. Malgré son sourire, son air de jeune fille sage et une classe de grande dame, Fatima Saïd, 24 ans, est sans le sou: «en ce moment je n’ai rien pour vivre. J’ai rien. J’ai utilisé toutes mes économies.» «Ce matin, j’ai pris le bus, je n’avais pas de ticket.» Sa famille vit à Mayotte, ses parents analphabètes n’ont jamais travaillé. «Ma famille peut à la rigueur me dépanner de 20 euros.»

 Quand elle était encore étudiante, une première année en droit (pas validée) et un BTS communication d’entreprise (pas validé non plus, 88 euros par mois de scolarité, «le moins cher que j’avais trouvé»), elle avait deux bourses, une chambre en résidence universitaire, un loyer de 56 euros.

 Aujourd’hui, ses frais explosent. Elle a travaillé dans un supermarché cet été, est allée voir à la mission locale pour des aides. Elle a rendez-vous dans trois jours pour des week-ends dans un centre pour handicapés. «Je me suis rendu compte que dans mon secteur, la communication d’entreprise, il n’y avait pas trop de débouchés. Une copine à moi qui a fait le même BTS va partir à l’armée.»

 «Au bout de six-huit mois de recherches après avoir quitté la fac, ils sont en général tout au fond, raconte Cécile Louvet, responsable de l’AFIJ Lorraine. Ils pensaient être protégés par leurs diplômes ou, quand ils n’en avaient pas, par le niveau qu’ils avaient. Souvent, c’est la désillusion quand ils viennent ici. Matériellement, les difficultés sont souvent très grandes. Le Crous [Centre régional des œuvres universitaires et scolaires] est en général assez coulant, ils peuvent rester dans la cité universitaire quelques mois ou alors ils vivent dans les foyers de jeunes travailleurs. Beaucoup s’inscrivent en fac pour bénéficier de la Sécurité sociale.»

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