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Publié par christian guittard

13 sep 2008Par  Fabrice Arfi Fabrice Lhomme www.mediapart.fr  (suite et fin de l'article)Une bombe dort au pôle financier du tribunal de Paris. Les juges Françoise Desset et Jean-Christophe Hullin, qui enquêtent depuis le début de l'année sur un dossier de corruption dans le milieu de l'armement français, découvrent au fil de leur instruction des éléments pouvant déboucher non pas sur une mais sur plusieurs affaires d'Etat. Si elles se confirmaient, certaines informations contenues dans le dossier pourraient éclabousser la classe politique française en général, et l'entourage de Nicolas Sarkozy, en particulier. Amorcée, la bombe explosera-t-elle? Les juges ne sont, pour l'heure, pas juridiquement saisis de la plupart des faits que leurs investigations ont mis au jour.

 

 L'enquête, qui portait à l'origine sur les manœuvres illicites de la Direction des chantiers navals (DCN, rebaptisée DCNS en 2007 suite au rapprochement avec Thales) pour contrer la concurrence et surveiller ses partenaires, a pris une ampleur tout à fait inattendue ces dernières semaines. Ainsi, plusieurs hommes politiques français de premier rang, essentiellement de droite, voient désormais leur nom apparaître dans cette affaire aux ramifications internationales: le président de la République, Nicolas Sarkozy, l'ancien premier ministre, Edouard Balladur, l'ancien ministre de la défense, Charles Millon, le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Brice Hortefeux, le député UMP, Jean-François Copé, et le secrétaire adjoint de l'Elysée, François Pérol.

 

 

Tous sont cités, à un moment ou un autre de la procédure. Aucun d'entre eux n'est, à ce jour, mis en cause dans le dossier, mais les éléments aujourd'hui à la disposition de la justice semblent indiquer, au minimum, qu'ils ne pouvaient ignorer – voire qu'ils ont cautionné – les méthodes parfois troubles entourant la vente d'armes à des pays qui ne sont pas connus pour être des premiers prix de vertus démocratiques, comme le Pakistan ou l'Arabie saoudite. Surtout, l'enquête des juges Desset et Hullin fait resurgir le spectre des fameuses «rétrocommissions» versées en marge des marchés militaires, et les soupçons de financement politique occulte qui en découlent.

 Le document le plus explosif entre les mains des deux magistrats parisiens est un mémorandum du 29 avril 2008 signé de l'ancien directeur financier et administratif de la DCN, Gérard-Philippe Menayas. Ce haut fonctionnaire, passé par la direction du Trésor et le groupe Renault dans les années 1970 et 1980, y met à nu la corruption d'Etat organisée, validée et assumée par la France à la faveur de ses principaux contrats de vente d'armes à l'étranger. Le document, dont Mediapart a pu prendre connaissance dans son intégralité, est long de dix-sept pages. Il est conforté – notamment – par une série de notes, saisies par les enquêteurs, émanant des sociétés Heine et Eurolux qui avaient été mandatées par la DCN pour effectuer des «missions» de renseignement parfaitement illégales (surveillance de magistrats, entrisme dans les ministères sensibles, achat d'informations confidentielles, etc.), dont certaines ont été évoquées par Le Monde.fr le 10 septembre.

 Mis en examen, au mois de juin, pour avoir fait travailler un ancien policier de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Claude Thevenet, chargé de recueillir des informations sur l'affaire des frégates de Taiwan via des techniques d'espionnage et de corruption dont raffolent certaines officines, Gérard-Philippe Menayas semble avoir versé ce mémo au dossier judiciaire autant pour assurer sa défense que... sa protection. Car ce sont tous les petits secrets inavouables des ventes d'armes réalisées par la France, n°3 mondial en la matière selon le Stockholm International Peace Research Institue (Spiri), qui y sont largement dévoilés.

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