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Publié par christian guittard

09 sep 2008Par  Erich Inciyan www.mediapart.fr (source et suite de l'article)Tout s'est accéléré, pour Edvige, lors d'une journée du 9 septembre marquée par un nouveau pic dans la mobilisation des opposants à ce tentaculaire fichier policier. Dans l'après-midi, le collectif «Non à Edvige» venait d'annoncer que sa pétition en ligne avait été signée par 130.000 citoyens. Après le ministre de la défense Hervé Morin, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme Rama Yade venait de demander des «clarifications» sur le fichier. La ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui ne voulait jusqu'alors pas modifié le texte d'un iota, venait d'esquisser un possible amendement visant le fichage des mineurs âgés de 13 ans.

 

 En fin de soirée, après deux mois d'un mouvement de protestation croissante contre le décret créant Edvige, Nicolas Sarkozy a semblé prendre conscience du problème. A la surprise générale, il a convoqué une réunion à l'Elysée au cours de laquelle il a demandé à sa ministres de l'intérieur «d'ouvrir rapidement une concertation avec des personnes qualifiées». Selon le communiqué de la présidence de la République, cette concertation «sera suivie de décisions pour protéger les libertés». Dans la foulée, sur RTL, Michèle Alliot-Marie a annoncé son intention d'inscrire «dans une loi toutes les garanties nécessaires» aux libertés publiques. Un tournant, donc, qui salue la mobilisation des opposants au fichier.

 Une fois n'est pas coutume, les propos tenus lors d'une conférence de presse seront ici assez précisément rapportés. Non pour redire les principes qui fondent, depuis deux mois, la campagne du collectif "Non à Edvige". Mais parce cette campagne a été décisive dans le revirement des autorités et que les organisateurs de cette réunion y ont livré les raisons très concrètes et très variées de leur opposition au fichier.

Preuve de l'intérêt public, les journalistes étaient exceptionnellement nombreux à cette conférence d'associations, le 9 septembre dans la salle parisienne de la Bourse du travail. A cette occasion fut distribué un simulacre de fiche de renseignements policiers (particulièrement loufoque, elle sera consultable en fin d'article). Chacun décidera alors, ou non, de la remplir et de l'envoyer, ou pas, au ministère de l'intérieur... Mais il peut être bon de lire, auparavant, les témoignages de ses concepteurs.

 «Avec le fichier Edvige, on assiste au basculement dans une société de surveillance. Contrairement à ce que prétend le gouvernement, le nombre de personnes fichées sera infiniment supérieur à celui jusqu'alors réalisé dans le fichier des RG», a commencé Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'Homme. «Edvige élargit considérablement les catégories de personnes susceptibles d'être fichées et allonge la liste des informations qui peuvent être recensées», note le collectif dans son argumentaire. On y trouve notamment une comparaison entre le décret de juillet 2008 créant Edvige et le décret de 1991 qui était alors géré par les Renseignements généraux.

 «Prenons l'exemple d'un lycéen. Ce mineur, s'il a plus de treize ans et s'il fait du syndicalisme, pourra être fiché à double titre. Comme syndicaliste lycéen, d'abord. Et encore s'il participe à une manifestation de rue au cours de laquelle des graffitis seront apposés, par lui ou par d'autres, sur les murs du rectorat, a illustré Hélène Franco, du Syndicat de la magistrature. Cinq ans après, si ce jeune homme se présente à un concours de la fonction publique, on va lui ressortir ces éléments du fichier Edvige pour lui en barrer l'accès.»

 «Dans des millions d'entreprises, il y aura des fiches sur des délégués du personnel, des militants et des représentants syndicaux, avec Edvige. Pourquoi ce flicage ? a interrogé Didier Gournet, de la CFDT. Nous savons bien que le patronat, par la voix de Laurence Parisot, s'est tardivement prononcé contre ce fichier. Mais cela ne nous rassure pas sur la volonté répressive qui est clairement affichée. Avec Edvige, des salariés craindront légitimement d'adhérer à un syndicat. Tout cela va totalement à l'encontre de la liberté syndicale, qui est un principe constitutionnel. »

 «Edvige est une tentative de violation flagrante de votre état de santé et du secret médical. Le gouvernement affirme qu'être malade ne sera pas un critère d'entrée dans ce fichier. Mais ceux qui s'unissent pour défendre les droits des malades y seront fichés, a ajouté Christian Andreo, pour AIDES. Dans les associations de lutte anti-sida, il y a des personnes séropositives et aussi des non séropositives qui viennent en solidarité avec des malades ou des êtres chers qui ont disparu. Tous seront fichés comme malades.»

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