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Publié par christian guittard

05 jun 2008Par  Ouafia Kheniche  www.mediapart.fr (source et suite)

Déjà mise en difficulté ou critiquée par les députés pour sa conduite du projet de loi sur la réforme des institutions, Rachida Dati a fait mardi, à l'Assemblée nationale, une nouvelle sortie remarquée. Cette proche du président a sévèrement tancé les députés du groupe socialiste. Questionnée par l'un d'entre eux au sujet du mariage annulé à Lille (lire l'article d'Erich Inciyan), la garde des sceaux a reproché aux parlementaires de l'opposition “la politique des grands frères” menée, selon elle, par les gouvernements socialistes.

 

Morad Aggoun, qui a pris part aux émeutes de Vaulx-en-Velin (Rhône) en 1990 et occupe aujourd'hui un poste de directeur d'un centre social, Manuel Boucher, sociologue et chercheur à l'EHESS, et Malek Boutih, secrétaire national du Parti socialiste et ancien président de SOS-Racisme, commentent pour Mediapart les propos de la garde des sceaux.

Rachida Dati: « Votre politique identitaire des "grands frères" a conduit au repli communautaire. »


Le « grand frère » a été inventé à la fin des années 1980. Il s'agissait alors d'utiliser des jeunes hommes originaires du quartier pour encadrer les plus jeunes des habitants. Ces embauches n'ont pas été faites au niveau national. Ce sont les collectivités territoriales qui, le plus souvent, recruteront ces jeunes adultes, en tant qu'emplois-ville.

« A l'époque, il s'agit de réguler la délinquance par la présence de médiateurs sociaux, des hommes issus des mêmes lieux. Le travail social institutionnel est totalement dévalorisé, les pouvoirs publics jugent qu'il faut embaucher des personnes du quartier. On les charge de neutraliser les gens du quartier. Ils sont parfois eux-mêmes d'anciens délinquants, explique Manuel Boucher. Ce qui compte, ce n'est pas la qualification ou les compétences, on embauche ces jeunes pour leur couleur de peau et le fait qu'ils soient du quartier.»

« Dans les années 1980, on les a utilisés dans les quartiers pour mettre sur pied des structures associatives et canaliser un peu tout le monde, estime Morad Aggoun. Et une fois que tout roulait, on les a éjectés à grands coups de pieds. Ils étaient juste des faire-valoir, entre le marteau et l'enclume. »

Malek Boutih estime pour sa part que ce dispositif n'était pas un programme politique en soi :

 

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Pour une partie d'entre eux, leurs contrats ne seront effectivement pas reconduits. Ceux qui sont préservés seront convertis en emplois-jeunes quand ceux-ci seront lancés par le gouvernement socialiste de Lionel Jospin en 1995. Par la suite, certains seront reconduits et encore renommés selon les différents gouvernements qui élargiront ces emplois à l'ensemble des jeunes femmes et jeunes hommes vivant dans des quartiers en difficulté.

 

« Certains maires ont utilisé la manne financière débloquée pour les emplois-jeunes pour refaire ce type de contrats précaires. Par conséquent, ces grands frères n'ont jamais été formés. Les grands frères existent toujours sous d'autres noms et sont toujours instrumentalisés et souvent exploités», constate Manuel Boucher.

Aux yeux de Morad Aggoun, « tout ça était voué à l'échec dès le départ. On a estimé que les parents ne comprenaient rien à la France, alors on s'est adressé aux grands frères pour s'occuper des plus petits. Et aujourd'hui, on dit que les parents ont démissionné ! La vérité, c'est que les grands frères sont dégoûtés de la vie aujourd'hui. Ils se sont fait avoir ! »

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