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Publié par christian guittard

On connaît le refrain : les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Et l'on connaît aussi le culot monstre de l'actuel président de la République, capable de défendre avec la même ardeur démagogique une politique inverse de celle qu'il a promis aux Français pour se faire élire. Dans ce registre, s'agissant de la politique étrangère, Nicolas Sarkozy n'aura pas fait dans la demi-mesure.

 De l'adoubement du colonel Kadhafi au sauvetage de la Françafrique, le récent voyage tunisien n'est que la dernière marche d'une rapide dégringolade, des grandes valeurs proclamées pendant la campagne électorale aux petits accommodements généralisés de l'exercice du pouvoir. Mais, au-delà du constat qui, désormais, relève de l'évidence, l'analyse de cette volte-face reste à faire. Car elle dit bien plus qu'un simple opportunisme politicien.

 Le 28 février 2007, alors candidat, Nicolas Sarkozy prononçait au Méridien Montparnasse, à Paris, un discours en forme de manifeste novateur sur la politique étrangère. Son propos annonçait la préemption, dont le débauchage de Bernard Kouchner allait être le symbole, du thème des droits de l'homme, de leur universalité sans partage et de la nécessaire rupture avec la realpolitik.

On pouvait y relever cette fanfaronnade : «Ceux qui se disent adeptes de la realpolitik ne sont pas si réalistes que cela. Ils cantonnent l'action diplomatique à un effort pour ne rien changer à la réalité du monde. La stabilité est leur mot d'ordre. L'immobilisme leur obsession.» Après la défense des intérêts nationaux, le deuxième «grand objectif» de cette nouvelle politique étrangère serait donc de «promouvoir les libertés et les droits de l'homme sur la scène internationale», étant entendu que les deux ambitions devaient aller de pair puisque la France éternelle louée par Nicolas Sarkozy, ou ses bardes préférés tel Max Gallo, est par essence pays de l'universel, des droits et des lumières.

 Tunisie, Libye, Tchad, Gabon, Arabie saoudite, Russie, Chine, etc.: nous sommes désormais déniaisés, si d'aventure nous avons cru ces belles paroles. Nicolas Sarkozy s'est rendu à Carthage comme d'autres à Canossa, délivrant devant l'autocrate président Ben Ali son nouveau credo diplomatique : au nom de quoi lui-même en particulier et la France en général s'érigeraient-ils «en donneur de leçons»? D'ailleurs, si «tout n'est pas parfait» ici et là dans le monde, «tout n'est pas parfait en France non plus». Après l'absolu des droits de l'homme, un relativisme tenant du lieu commun. Le commentaire général, par la voix de l'opposition et sous la plume de confrères, à Mediapart compris, c'est d'assimiler cette évolution à un retour à l'ordre chiraquien, à son immobilisme et à son pragmatisme.

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