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Les cailloux de la colère

par christian guittard 14 Novembre 2007, 12:52 information

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Dossier réalisé par Thomas Lepoutre responsable éditorial de l'hebdo "La voix du Cantal"

Ytrac

Bras de fer autour de l’implantation d’usines

Un projet d’implantation d’une plate-forme industrielle au Pontet par trois entreprises a suscité une forte réaction des riverains qui se sont montés en association pour dénoncer ce projet. Un bras de fer qui commence avec des arguments de part et d’autre

Choix du site

Le pire ou le meilleur lieu d’implantation ?

La plus grande difficulté dans ce type de dossiers, c’est rarement la nature même de l’activité. Il s’agit le plus souvent du choix du site d’implantation. Car l’association pour la défense de l’environnement de la vallée de l’Authre (ADEVA) a bien conscience de l’utilité de maintenir des activités économiques dans le département.

Elle met simplement en doute le choix du site au regard de l’activité envisagée. Pour l’association, regrouper ainsi « quatre unités de type réputées polluantes » que sont la centrale à béton, la centrale d’enrobage à chaud, la centrale d’enrobage à froid et d’une station de traitement concassage, criblage et lavage de matériaux de carrière, est une erreur « à quelques hectomètres de zones d’urbanisation concentrée ».

Densité de population

C’est sans doute sur cette fameuse concentration de l’urbanisation qu’est la principale difficulté puisque Sébastien Langlois, directeur régional des carrières pour Colas Sud-Ouest nous a confirmé par téléphone que la densité de population était l’un des trois principaux critères de choix de ce site, avec « une densité de population plutôt faible ». Le site a été choisi par rapport à ce critère de population, mais aussi pour: « être a proximité du lieu de consommation » qu’est l’agglomération d’Aurillac.

Un secteur géographique qui « consomme » environ la moitié des 800000 tonnes annuels d’enrobés et autres granulats consommés dans l’arrondissement. Cela a pour Sébastien Langlois à la fois des intérêts économiques, baissant le coût du transport et donc de la facture aux collectivités, mais aussi environnementales en baissant le volume de CO2 produits lors des transports de matériaux. Il fallait aussi « être à proximité d’une voie de grande circulation ». « La RD 120, c’est 8500 véhicules par jour dont environ 10 % de poids lourds. Notre projet prévoit une moyenne de 110 poids lourds par jour. » Un nombre important de camions qui, selon lui, partiront dans les deux directions (Espinat et Le Pontet). D’après Sébastien Langlois, le fait de produire sur place de béton prêt à l’emploi évitera de l’importer de Corrèze comme cela se fait actuellement et réduira ainsi le nombre de camions traversant Espinat. Sans dire que ce projet sera sans impact pour ce secteur, il avance ainsi que le trafic supplémentaire pourrait être supportable dans le flux.

Un flux que l’association craint plus important, s’appuyant sur le Plan local d’urbanisme de la commune d’Ytrac qui prévoit non pas 110, mais 170 camions par jour. Ceux de la centrale à béton déjà présente sur le site, sont-ils aussi nombreux pour faire cette différence? L’association craint également les retombées liées à l’activité en elle-même (voir ci-dessous).

Et l’environnement dans tout ça ?

 

Quel sera l’impact environnemental de cette implantation? C’est sur cette question que le désaccord est le plus grand entre les porteurs du projet et l’association de riverains.

Pour l’ADEVA, l’implantation d’un tel site entraînera de nombreuses nuisances. Pour l’association, une telle activité industrielle sera vectrice de risques important de: « pollution de la rivière et de la nappe phréatique, de fumées et rejets chimiques dans une zone agricole où beaucoup se sont orientés vers le « bio », l’impact paysager, les odeurs, les poussières, le bruit, le trafic routier avec 170 camions supplémentaires par jour ». En terme de risques, l’association met en avant l’odeur âcre et persistante du bitume, les silicates et poussières soulevées par la manutention des granulats et des roches ainsi que par le passage des engins. Les craintes de pollutions de l’eau sont accentuées par le fait que le site du futur ensemble industriel serait situé et amont de la station de pompage d’Espinassol, zone de réserve en cas de pénurie d’eau dans l’agglomération.

L’amiante des 20 prochaines années

Mais selon l’association, le plus gros risque serait celui de rejets chimiques avec du dioxyde de soufre, des composés organiques volatils, du benzène et des HAP. Les HAP ou hydrocarbures aromatiques polycycliques seraient, selon l’association, « l’amiante des 20 prochaines années ». Cancérigènes, ces HAP présenteraient aussi, selon leur utilisation avec d’autres composés des risques de dégagement qui favoriseraient le développement de maladies dites « CMR » (Cancérogène-mutagène-reprotoxique), soit le développement de cancers, leucémies, infertilité, déficience cardio-vasculaire ou du système immunitaire. Cela augmenterait les risques d’asthmes et d’allergies, mais aussi de modification du génome humain.

Pour les porteurs du projet, bien sûr, les risques sont bien moindres pour l’environnement. Déjà, en regroupant ces quatre unités en un seul et même site, on évite les transferts routiers et donc la pollution due aux transports.

Par ailleurs, d’après le dossier de presse du groupement, ce projet doit « réduire les impacts environnementaux actuels avec des outils de dernière génération pour le traitement du bruit, des poussières, des odeurs, des eaux de ruissellement ainsi que pour la protection des nappes souterraines ».

Pour Sébastien Langlois, directeur régional des carrières pour Colas Sud-Ouest, le site a été pensé pour générer le moins de nuisances possibles avec au niveau du bruit et des odeurs « des machines qui sont toutes enfermées dans les bâtiments. On confine le bruit et les poussières à l’intérieur des bâtiments. » Concernant la poussière et pour éviter celle qui s’envole quand les camions passent dans les chemins d’accès, « ces routes seront goudronnées pour éviter à la fois le soulèvement de poussières et le bruit ». Il ajoute que le futur ensemble, qui a d’ores et déjà effectué des sondages pour vérifier la nature du sol sur le site, aura des obligations de protection de la rivière et de la nappe phréatique. « Toutes les eaux qui arriveront sur le site, pluie et nettoyage des véhicules, seront traitées avant rejet », mettant ainsi en avant que certaines pollutions situées en amont du site industriel seraient ainsi traitées alors qu’elles ne le sont pas à l’heure actuelle. Par contre, l’eau utilisée pour le lavage des cailloux sera recyclée, comme toutes les eaux liées au process. Pour les odeurs, il reconnaît que l’enrobage à chaud a un dégagement d’odeur, mais que son impact sera limité par un confinement ainsi qu’une aspiration des odeurs.

Le fait de chauffer les cailloux au gaz naturel plutôt qu’au fioul lourd serait aussi une avancée importante contre la pollution avec moins de rejets toxiques. Concernant les HAP, Sébastien Langlois dit « à la connaissance, il n’y a pas de rejets de ce type-là ». Pour les fumées, il se veut rassurant, « ce qui sortira de la cheminée, ce sera de la vapeur d’eau », ajoutant plus loin qu’il y a « un système de filtrage en haut de la cheminée ». Un système qui sera contrôlé au moins une fois par an tout comme le système de traitement de l’eau.

T.L.

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