Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par christian guittard

LES DESSOUS DE LA MÉDISANCE

 

Radio-langue-de-pute est probablement un des médias, voire un des réseaux sociaux qui compte le plus d’adeptes, loin devant Facebook ou Twitter : de la machine à café jusqu’à nos mails, partout, petites piques et grandes méchancetés fleurissent comme les coquelicots dans les champs de blé, en … plus toxique.

   

 Dire du mal d’autrui, c’est si bon…

Et oui, avouons-le : que c’est bon de médire ! D’abord ça crée du lien social : dire du mal ensemble, c’est avoir un point commun.
Et puis c’est l’occasion de rigoler : on tourne l’autre en ridicule, on se moque de ses manquements, on se bidonne de ses travers.
Et enfin ça permet de vider son sac, exutoire à petites frustrations de toutes sortes, la malveillance ordinaire et une sorte de vide-poche à notre agressivité. Et cerise sur le poison, elle soulage sans vraiment faire de mal puisque les victimes de nos langues fourchues ne sont pas censées avoir vent de nos propos. Et effectivement, nos médisances créent du lien entre nous et ceux qui nous écoutent.

 Des liens d’appartenance, si nous réussissons à les convaincre de penser la même chose que nous, car alors nous sommes pareils, et pas comme l’affreux sur lequel nous avons médit.

  • Des liens de reconnaissance, puisque celui qui médit est celui qui a des informations importantes et les partage pour le bien des autres.

 Médisance et mauvaise foi

En même temps, nous savons très bien ce que notre conscience nous souffle à l’oreille:

c’est pas bien, ce qui explique sans doute pourquoi nous médisons tous en cœur tout en ayant parfois bien du mal à le reconnaître : combien de fois entendons-nous des personnes (y compris nous-mêmes) dire qu’elles détestent le médisance et qui, quelques minutes plus tard, vous expliquent combien le DRH ne sait pas se saper, tout engoncé qu’il est dans ses costumes de pingouin.

 De la même manière, nous justifions la plupart du temps nos médisances en les enveloppant dans les jolis papiers cadeaux des bonnes intentions, et en particulier celle de préserver notre interlocuteur du danger que représente celui dont nous sommes en train de dire du mal.

 Bref, notre propension à nous indigner de la médisance de l’autre n’a d’égal notre tendance à médire. Et la mauvaise foi à ce sujet est à peu près aussi courante que de croiser des baigneurs sur la plage de Juan les Pins en juillet.

 Nos médisances nous parlent… de nous

 

Il est d’autant plus inutile de chercher à nier nos médisances qu’elles ont une fonction, sans quoi nous dépenserions notre précieuse énergie dans autre chose. Je le répète comme un vieux disque rayé, nos comportements visent un bénéfice.

 

Quand nous sommes occupés à scruter la paille dans l’œil du voisin, nous sommes allégés du poids de nos propres poutres, c’est aussi simple que cela. Nous projetons sur l’autre ce que nous n’acceptons pas chez nous-mêmes, ce que nous ne voulons pas voir en nous-mêmes, ou bien cet autre que nous critiquons nous renvoie un manque qui nous gène, un besoin non comblé, une lmite mal fixée. Elle peut aussi être une façon de compenser la crainte que nous avons de l’autre en l’amoindrissant à nos yeux.

Il devient du coup évident que ce soulagement est illusoire car temporaire, et les billots se remettent à peser très vite sur nos frêles épaules. En bref, nos médisances sont le reflet des failles de l’estime, de la confiance, de l’affirmation de soi, ou encore du manque d’acceptation de soi.

Evitons donc de nier nos médisances à coups de déclarations d’intentions vertueuses et profitons d’elles pour en apprendre un peu plus sur ce qu’elles ont à nous apprendre de nous-mêmes, notre façon de nous percevoir, ce que nous n’aimons pas en nous-mêmes, pour ensuite y remédier.

Cela vaut d’autant plus la peine que le soulagement illusoire obtenu lorsqu’on dit du mal d’autrui ou qu’on répand des rumeurs sur son dos, peut avoir des effets pervers dévastateurs pour l’autre, avec un bouc émissaire d’un côté et des loups qui hurlent en coeur de l’autre, mais aussi pour soi, car elle entretient des sentiments négatifs pas très bons pour la santé. Toute cette énergie négative occupée à entretenir l’agressivité, ça laisse un peu rêveur…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article