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Apprendre de ses erreurs par DSK

par christian guittard 28 Juin 2015, 13:04

Apprendre de ses erreurs par DSK

Le danger vient maintenant de ce que nous soyons collectivement incapables de tirer les leçons de notre expérience et que nous continuions à nous dresser les uns contre les autres. En réalité, tout donne à penser que nous nous complaisons à répéter les mêmes erreurs et c’est pourquoi je crois que nous avons besoin de penser différemment, de changer de logique et de prendre une direction radicalement différente dans les négociations avec la Grèce. § Ma proposition est que la Grèce ne reçoive plus aucun financement nouveau de la part de l’UE comme du FMI mais qu’elle bénéficie d’une très large extension de la maturité et même d’une réduction nominale massive de sa dette à l’égard des institutions publiques (Official Sector Involvement). Insister sur un ajustement budgétaire préalable dans l’environnement économique actuel est irresponsable à la fois économiquement et politiquement. Fournir plus d’aide pour seulement rembourser les créanciers publics existant est tout simplement inepte. § L’Eurogroup s’est engagé en novembre 2012 à prendre les mesures nécessaires pour garantir la soutenabilité de la dette grecque. C’est le moment de tenir cette promesse constructive mais ambiguë. Le FMI doit faire de même et s’assurer que tous les remboursements prévus pour les deux années à venir sont effectivement repoussés ou refinancés par les ressources qui restent disponibles dans le programme. Je n’ignore rien des difficultés institutionnelles que cela implique mais il faut les surmonter. § Cela libérera la Grèce de toutes ses obligations envers le secteur officiel (institutions publiques) pour les deux prochaines années, et cela laissera le pays devant une contrainte budgétaire difficile puisque qu’il ne pourra pas emprunter sur les marchés, ne recevra plus de ressources de l’UE ou du FMI et devra donc équilibrer son budget tout seul. Pour y parvenir, les Grecs devront faire des choix budgétaires difficiles mais ils les feront eux-mêmes, de leur propre chef. Pour ce faire, le Gouvernement devra commencer par percevoir des impôts et se battre contre l’oligarchie, les intérêts privés et la lourdeur de l’appareil d’Etat qui sapent son formidable potentiel. Dans cette entreprise, il doit pouvoir compter sur l’assistance de la Banque Mondiale, de la BERD, de l’OCDE et de la Commission européenne mais dans un contexte radicalement nouveau qui sera celui de la coopération constructive au lieu d’être celui d’une conditionnalité antagonisante. § Si cela fonctionne, la Grèce deviendra éligible à des effacements progressifs de sa dette conditionnés par les différentes étapes et réformes institutionnelles de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) que le FMI a déjà mise en œuvre dans de nombreux pays en développement. § Seules la dizaine de milliards prévus pour la recapitalisation du système bancaire devraient être versés afin de permettre à la BCE de poursuivre l’ELA (Emergency Liquidity Assistance) et de stabiliser le système financier. § Il n’est pas sûr que cela marche. Cela peut échouer si les autorités grecques sont insuffisamment courageuses ou insuffisamment indépendantes pour faire les choix nécessaires mais cela vaut la peine d’essayer parce que toutes les autres alternatives sont pires. Forcer le Gouvernement grec à céder créerait un précédent tragique pour la démocratie européenne et pourrait mettre en marche une réaction en chaîne incontrôlable. Et, d’un autre coté, poursuivre le programme actuel qui a échoué, étendre la dureté économique au delà de toute raison et prolonger l’agonie et les tensions entre les préteurs et les emprunteurs serait désastreux. § Telles sont les erreurs que l’Europe a commises trop de fois dans son histoire pour les répéter encore. Parlant ainsi, je veux conjurer mes amis et anciens collègues de ne pas perdurer dans une voie qui me parait être une impasse.

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